L’arène des punks…

FESTIVAL DE MONT-DE-MARSAN
L’arène des punks…

LA DEGENERATION PUNK ?
Non, nous ne reviendrons pas trop ici sur l’aspect et la tenue des « punks de Mont-de-Marsan, dont les médias, en ces semaines maigres du mois d’août, se sont montrés particulièrement friands, depuis les Actualités Télévisées jusqu’à l’inévitable Minute !
Mais pour situer les choses, disons que sur la piste des arènes, qui sont le cadre de la manifestation, on peut schématiquement distinguer deux types d’individus évoluant dans la poussière : Les uns sont des « punks » vrais ou faux, mais de préférence assez atrocement attifés, et se livrant aux seconds avec beaucoup trop de complaisance… Car les autres sont des photographes, professionnels ou non, traquant les premiers sans vergogne en espérant bien réaliser la photo du punk de l’année, sinon l’image du siècle ! (on aimerait bien que celui qui va vendre sa pelloche à Minute porte un badge pour qu’on le reconnaisse !). Mais le gros du public est sur les gradins, qui se garniront progressivement, et presque complètement (4000 personnes ?) d’une foule plus tranquille, venue d’abord pour écouter de la musique et pour juger « sur pièces » de celle des punks. Des gens probablement « motivés », si l’on en juge par les distances que la plupart avait du accomplir pour se retrouver là !

VENDREDI PUNK
La première journée était consacrée aux groupes punks les plus représentatifs, presque tous anglais, si l’on excepte Asphalt Jungle, groupe parisien dont la nullité ne trompa personne ici. On pourrait se demander pourquoi ils ont été |’objet d’une telle complaisance de la presse spécialisée alors que d’autres (punk ou pas) ont toutes les peines du monde à obtenir que l’on parle d’eux…
« Maniacs » a cette particularité assez nouvelle d’avoir un guitariste français, Henri Paul, parfaitement incorporé au groupe. Maniacs était parti pour obtenir un assez bon succès si des ennuis de sono n’avaient « cassé » la fin de leur set… Dommage. La musique de Police aussi avait de quoi séduire les punks les plus mélomanes. J’ai d’ailleurs appris (par la suite l) que c’était un Andy Summers « reconverti » qui était à la guitare. Ceci expliquant sans doute cela… Avec Damned, l’un des groupes les plus connus du mouvement, c’est l’aspect le plus visuel qui nous est présenté : le chanteur Dave Vanian, est une sorte de Dracula en pleine crise dont les déplacements imprévisibles créent un étrange ballet. Mais « l’image » du bassiste, Captain Sensible, genre idiot du village, est encore plus appréciée des amateurs. Tout cela me laisse rêveur… et leur musique aussi. Boys est un groupe de jeunes, extrêmement agressif et violent, qui donne une assez bonne idée de ce dont est faite la musique punk, même si L’intrusion d’un clavier chez eux est assez inhabituelle en la matière. Et ils chantent le vieux titre des Beatles qui donne le nom du groupe !
Clash semblait très attendu, sans doute a cause du disque, et ils ne négligèrent rien pour convaincre : un panneau-photo de « White Riot » ornait la scène, que Damned s’était employé a cacher auparavant ! La rivalité entre les deux groupes semble plutôt sévère et pendant le set de Clash on vit encore Captain Sensible venir verser de la bière sur une des guitares et autres sabotages, avant qu’il se fasse vider comme un malpropre par un roadie ! Si la musique de Clash parait solide a l’image de Joe Strummer, tout cela semble pourtant manquer un peu de la folie nécessaire pour faire passer leur image de révolte. C’est du moins l’impression que j’ai ressentie… Restait Rings, un groupe bien palot avec un Twink sur le retour, pour terminer cette soirée vers deux heures du matin…

VIOLENCE ET DÉSESPOIR…
On pouvait être étonné, face a la violence affichée de prime abord, que tout se soit passé sans incident… En fait, les punks sont surtout des « esthètes de la violence» : ils en cultivent les images (et cela donne assez bien la mesure de leur désespoir), mais ne la pratiquent pas réellement. A preuve leur désarroi quand ils sont pris a parti (comme cela semble arriver fréquemment en Angleterre) par des teddy-boys ou autres…
C’est plutôt un désespoir « résigné » qui caractérise cette nouvelle vague née du chômage et de la crise économique (Angleterre surtout). C’est le cri le plus évident sous le bruit provocateur de leur musique souvent « assommante ». Le lendemain, dans un square de la ville, une guitare découpée dans un carton était accrochée a la statue centrale avec ces deux mots inscrits dessus : « No Future »… On n’ose pas dire « tout un programme »… Fin de notre page sociologique.

DU ROCK ET DES FILLES
Après ce vendredi punk, le samedi fut tout simplement rock et ce fut un soulagement pour certains, qui comparent la musique des punks au bruit des tondeuses a gazons (le plaisir étant « quand ça s’arrête »). Lou’s est un groupe de quatre filles qui s’est produit exceptionnellement les deux jours. Mais elles étaient déjà plus sures d’elles le samedi. Pourtant ces quatre nanas n’ont vraiment pas froid aux yeux, de vrais « garçons manqués » qui doivent aussi aimer bricoler leur Norton… indifférentes a leur présentation pas très esthétique. Juste « natures ». Mais le rock, elles en veulent et leur sincérité fait passer sur bien des défauts techniques ! Par opposition, le groupe suivant, « Shakin’ Street » n’en apparut que plus phallocrate ! En effet, toute leur prestation semble axée dorénavant sur les charmes de leur chanteuse… Elle en a, c’est sur, et sait les mettre en valeur, au grand plaisir des photographes. Mais un groupe de rock, c’est autre chose, et on regrette car on avait cru, il y a quelques mois, voir cet « autre chose » en Shakin’ Street… Encore une fille dans le groupe suivant qui vient de Lyon. Cette fois, c’est la « batteuse ». Marie et les Garçons s’inspirent manifestement des Modern Lovers. Un style assez introverti, donc difficile au milieu de tous ces déploiements ! C’est déjà une assez belle performance pour eux que de ne pas s’être fait jeter, sur-tout si l’on songe qu’ils montaient sur scène pour la première fois !

LES CHOSES SÉRIEUSES…
Les choses vraiment sérieuses allaient commencer avec Tyla Gang, qui pratique un rock très musclé sans tomber dans le travers « hard ». Et c’est avec une immense satisfaction que l’on vit le public lui réserver un accueil délirant. Tyla Gang est en effet beaucoup trop méconnu. Sean Tyla a su retrouver des musiciens remarquables en la personne de Bruce Rowlands, guitariste, Brian Turring, bassiste, et Michael DesMaris, batteur. Un groupe qui fonctionne impeccablement derrière ce grand chef qu’est Sean. Un album devrait enfin sortir bientôt pour nous la prouver et je ne saurais assez vous recommander d’y prêter une oreille ! « Il n’y a eu qu’une heure de vraie musique a Mont-de-Marsan » devait parait-il déclarer modestement Sean Tyla après coup. Sans doute avait-il tout simplement oublié qu’après son passage, il y avait encore Little Bob Story. Et le délire continua, notre rock-group national semblant en pleine forme ! Un délire qui connut peut-être son apogée lors de « Riot in Toulouse »… Un triomphe bien mérité aussi pour Little Bob !

CONTROVERSE…
L’enthousiasme se calma ensuite un peu. D’abord il y eu un peu de pluie. Ensuite les deux groupes qui suivaient sont devenus un peu controversés : Hot Rods parce que leur musique apparaît maintenant, surtout avec le guitariste en plus, comme trop « rhythm and blues » aux oreilles de ceux qui les avaient pris pour des punks aux débuts… Doctor Feelgood parce que le départ de Wilko reste mal digéré par les fans. Personnellement, j’ai tout de même beaucoup apprécié ce passage du Doctor ne serait-ce que pour la hargne farouche que Lee Brilleaux insufflait ce soir-la aux vocaux.

EPILOGUE
Restait Bijou, un groupe vraiment français puisqu’il a cette particularité rare dans le rock de s’exprimer dans notre langue. Pas mal de reprises dans leur répertoire : du Dutronc, du Ronnie Bird surtout (on va-t-elle ; Fais attention ; Tu perds ton temps) et autres Chaussettes Noires. Bijou joue très sec, très vite, et cela déconcerte les danseurs (malgré l’invitation de leur album « Danse avec moi »). Au total, si leur succès est mitigé a cette heure trop tardive, ils ont quand même réussi a étonner beaucoup de monde…
Et un quart d’heure a peine après la fin de Bijou, la pluie se déclenche avec une violence soudaine, comme si elle avait été retenue jusqu’à la fin du festival. Elle précipitera le départ hagard des hordes ensommeillées et fera retomber la poussière soulevée par leurs « pogos » impis…

Serge DU MONTEIL (Rock en stock n°5)

PS 1 : Jam n’est pas passé pour de tristes raisons d’horaire. L’organisation (Skydog + association locale) s’étant souvent montrée un peu débordée lors de ce festival…
PS 2: Le passage de Lou Reed, le dimanche, ne faisait pas partie du festival, puisque c’était une autre organisation, KCP, qui prenait possession des lieux, en faisant repasser les gens a la caisse, bien sur.