OLYMPIADES LYONNAISES

Le rock d’ici a cassé les sièges de l’Olympia, mais il n’a pas fendu ceux du théâtre antique de Lyon. Le granite romain s’est averré plus solide que le velours de Marc Barriére, et plus accueillant d’ailleurs. Il faut dire que la programmation était plus acidulée que celle de la nuit New Wave a l’Olympia et que des musiciens d’Outre-Manche ont eu l’audace de immiscer au sein du festival. Je dis « audace », et vous allez voir pourquoi. Le matraquage publicitaire avait été piraté par Pogo, toutes les nuits sur Europe 1, et Vide-Ordure est même venu trainer sa blanche silhouette de radio-star maudite, sur les gradins du théâtre romain de Lyon, profitant de ce que Europe 1 avait gentiment mis Pogo en vacances, pour monopoliser avec des musiques plus orthodoxes, les nocturnes des grands départs du premier août. Les organisateurs avaient décidément misé sur Europe 1, d’une part sur Pogo, pour attirer les foules, d’autre part sur Albert Simon, pour faire briller le soleil. Et la mise fut bonne. A cinq heures du soir, les gradins ensoleillés suintaient déjà une foule qui devenait de plus en plus dense au déclin du soleil : au total, 5 O00 personnes. Une affiche prestigieuse, trop d’ailleurs, puisque le festival s’éternisa et que des groupes ne purent pas jouer, comme ce fut le cas pour Shaking Street (ceci, en partie due a la mauvaise humeur du batteur qui s’était allongé sur l’herbe et refusait de jouer). Electric Callas, Cimaron, Marie et les Garçons, Ganafoul, Starshooter, Nick Lowe et Dave Edmonds, Téléphone, Bijou, Little Bob Story, Au Bonheur des Dames ! Peu de révélations ce soir là. Chacun assuma sa musique et son jeu scénique sans surprise ni déception. A noter, la prestation particulière de Bijou, qui, malgré l’heure tardive de son passage, fit l’unanimité. Il y eu toutefois, de grands moments, brefs mais intenses, qui se résument en trois questions : 1) Marie et les Garçons triompheront-ils de la disco ? 2) Les Starshooter jouent-ils vraiment au Scooter ? 3) A-t-on enfin tué le mythe de la rock-star anglaise ? Vers onze heures du soir, alors que Ganafoul venait de faire tomber la nuit et monter l’atmosphère qui s’étirait jusque-lé en baillements d’attente, Marie et ses trois garçons montèrent sur une scène qui avait accueilli l’underground-music d’Electric Callas, le reggae superbe de Cimaron et le hard électrique de Ganafoul, mais qui soudainement allait rejeter la prestation musicale de Marie et les Gargons. Pourquoi ? Parce que le public rock, comme tous les autres publics, est raciste et n’apprécie que ce qu’il connait au préalable. Aussi, si vous ne leur apportez pas ce qu’ils attendent, béatement assis, et bien, ils vous balancent ce qu’ils ont sous la main, en l’occurrence des canettes de bière et de cocacola. Ce soir-là, ce fut le plus mauvais accueil que Marie et les Garçons n’aient jamais eu et pourtant le plus grand succès qu’il n’aient jamais remporté, précisément parce qu’ils firent magnifiquement réagir le public. Dés les premiers rythmes, empreints fortement de disco, les sifflements du public ricochèrent sur la scène en écho de cannettes de bière. Marie et les Garçons démordaient parfois de leur rythmes binaires pour leurs anciens morceaux, mais malgré tout, pour le public, l’insulte était la, a chaque bruit de cymbale, a chaque intonation de la voix. Et l’outrage suprême éclata lorsque soudain, Patrick, chanteur du groupe, déclara d’une voix détachée, distante et pourtant douce: « Vous aimez le disco ? ». Question ô combien erronée, vous pensez bien, face a un public qui est la pour cracher sur les babas lorsque ceux-ci ne comprennent rien au punk, mais qui, a leur tour, tombent dans le même panneau et ne savent pas suivre le cours des choses, de la musique et de la vie. Et Marie et les Garçons, héroïquement, entamèrent alors, sous une pluie, non pas de crachats mais de canettes évidées, ce que Patrick appelle l‘Hymne a la disco: le « Matcho, matcho man » des Village People de New York. Sous l’averse de projectiles inoffensifs mais plein d’une agressivité primaire, Palmer, de Bijou, sauta soudain sur sa guitare et sur la scéne, les Starshooter se précipitèrent sur les micros pour entonner en chœur, avec Richard de Téléphone et Dynamite de Bijou, « Matcho, matcho man ! ». Et, tous ensemble, esquivant avec peine les centaines de cannettes, firent triompher l’hymne a la disco dans le théâtre antique de Lyon ! Du coté du public, la déroute était complète : Téléphone, Bijou, Starshooter, les purs, les vrais, seraient-ils eux aussi de la partie? Impossible… et pourtant? A la fin du morceau, la scène n’était plus qu’un vaste tapis roulant de canettes multicolores dont le métal étincelait sous les projecteurs. Une dernière insulte aux yeux des ennemis de la disco. Du coté des musiciens, ce fut le plus beau témoignage de solidarité qui n’ait jamais été vu entre groupes français. Quant a Marie et les Garçons, attendez-vous a les voir prendre une toute autre voie que le rock et par conséquent, un tout autre public. Peut-être, leur direz-vous alors adieu. Moi, j’ai bien envie de m’en aller avec eux. En attendant voyez plutôt les Starshooter : Une grande révélation ce soir-la, lorsqu’ils montérent sur scène pour interpréter « Hygiène », un morceau qui figure sur la compilation Skydogs sous le nom de « Scooter ». Les Scooter, ce groupe qui disparut étrangement a la suite de cet enregistrement, ne seraient-ils rien d’autre que les Starshooter en personne ? Le doute subsistera tant que Starshooter n’aura pas fait de déclarations claires et affirmatives en ce qui concerne cette énigme qui relève de la petite histoire. Avis aux amateurs et collectors ! Mais les Starshooter furent également, cette nuit-la, a l’origine d’un petit scandale qui ne fit qu’envenimer les relations franco-britanniques déjà peu brillantes. Alors qu’il était entendu que Starshooter passait a la suite de Marie et les Garçons, l’organisateur du festival, de peur de faire patienter les rock stars anglaises que sont Dave Edmonds et Nick Lowe et qui venaient de se pointer pour jouer, il les annonçaient. La fureur de Kent Hutchitson obtint gain de cause, et a sa montée sur scène le chanteur de Starshooter s’étant calmé, remit Ils choses au point : « Il ne s’agit pas d’Anglais ou de Français, mais justement, star ou pas star, a bas la hiérarchie ! » et Starshooter enchaina. Un coup cinglant pour les Anglais sur lequel Dave Edmonds et Nick Lowe ne glissèrent pas. Ils jouèrent toutefois, après Starshooter, mais non sans disgrâce, et le public leur réserva un accueil chaleureux mais non triomphal. On les rappela, mais, eux, ne revinrent pas. Les spectateurs n’insistèrent pas et attendirent avec joie Téléphone et Bijou. Il apparut alors clairement, que ces deux groupes français remportent désormais, en France, un plus grand succès qu’un Dave Edmonds ou qu’un Nick Lowe. Le mythe de la rock star anglaise n’est pas encore tué, mais il est certain que le complexe du rock français est en train de dégeler. A suivre… Le festival se termina sur Little Bob Story qui s’avère de plus en plus aigri du fait qu’il n’est plus le seul, a présent, sur la scène rock française. Little Bob a beaucoup galéré et il en est fier, comme il est fier de chanter en anglais. Il est peut-être a présent au bout du rouleau. Enfin, a six heures du matin, alors qu’un soleil matinal arrosait le premier quart de cercle des gradins. Au Bonheur des Dames montérent sur scène. Bien que leur musique reléve trop a présent du comique des clowns de cirque, il faut noter l’humour et la bonne humeur de ces musiciens, qui, après une attente de plus de douze heures, surent amuser les derniers spectateurs sympathisants. Une cascade de canettes de bière et de coca-cola ricochant de gradins en gradins mit un terme a ce festival. Les spectateurs les plus résistants, participèrent ainsi aimablement au nettoyage précaire du théâtre antique. Et les touristes matinaux, qui déjà, vaquaient autour des ruines romaines, se demandaient quel était cet étrange concerto de métal évidé sur le point de fermer boutique. Elisabeth D. (Rock en Stock n°17)

THIS IS THE MODERN WORLD

THIS IS THE MODERN WORLD
 (c’est pas un titre de Jam ¢a ? - P.K.) (Et alors ? - B.B.) (Tagada Tsoin Tsoin - P.K.)

Un des plus évidents bienfaits de la New Wave (entre autres choses !J,c’est la tentative d'abolition des idoles. Ce culte abétifiant et factice de l’IMAGE en tant que perfection mensongère a partiellement disparu au profit de celui de la PERSONNALITE.
 Patti Smith, Johnny Rotten, Elvis Costello ne sont peut-être pas “beaux” selon les critères traditionnels mais ils séduisent pour toutes sortes de raisons.
 Pareil pour Poly Styrene, chanteuse-leader de X-Ray Spex. La première fois que j’ai rencontré Poly, j’ignorais qui elle était.
 C’était en mars 77 un concert des Adverts, Elle était venue me parler parce qu'elle adorait mes lunettes (en forme de pistols) (que J'avais achetées chez Harod’s)  (on’en a rien a branler - R.Duc ) (Une autre parenthèse, quelqu’un ? - N.Milo) (non merci, je suis au regime - G. Verlant) (J'ai rien compris - G.Pilchard) (Je peux continuer ? ) et elle était gaie, simple, vive. Je l'ai revue quelques jours plus tard et j’ai été frappé par son sens visuel.
 Elle n’a pas un physique essentiellement avantageux mais elle s’habille avec imagination et gout. C’est une métisse petite et plutôt forte, avec un appareil dentaire qui rend son sourire charmant mais métallique.
 En juillet 77, j’ai été très surpris de la voir sur scène avec X-RAY SPEX. Mais elle n’était pas là une attraction unique. Il y avait d’abord le public,  fanatique et bouillant, jeune et drôle, énergique et constructif. C’est rare il y avait en plus la jeune (16 ans) Laura Logic au saxophone qui conférait une sonorité amateuriste style Roxy Music au son  ramalamanousonestauchomage punk instamatic de la rythmique Richard
 Tee (no relation) à la batterie et Paul Dean à la basse ainsi qu’à la
 voix stridente de Poly.
 Troisième initiation 2 novembre 77 . X-Ray Spex en concert dans le nouveau centre de Londres : High ate. Le public est de plus en plus jeune, nombreux, délirant, hystérique et amusant. Tout le monde se donne à fond comme s’il n’y avait virtuellement No Future. Laura a dû rentrer à l’école et est  remplacée par Glyn Johns (no relation). Les nouvelles compositions (“I Am A Poseur”, “Obsessed With You”, “Submerge”) sont du même niveau que leur merveilleux single “Oh Bondage/Up Yours”.
 Habillée de plastique rose et orange, voyant mais pas vulgaire, Poy est maintenant une célébrité  et ce n’est que justice. Sa vision  du monde moderne est particulière en ce sens qu’elle est obsédée par le système, la mécanisation et la publicité. “My Mind Is Like A Plastic Bag", “Artificial”,
 "The World Turned Day-Glo" évoquent peut-être l’univers d’Ultravox mais l’esprit de Poly Styrene (née Marion Elliott) est totalement dénué de prétention et est plus axe sur les supermarchés que sur les écoles d'art. Son argument : "Si nous ne consommons pas, c'est le système qui nous consomme".
 Le nylon, le synthétisme, Kleenex, les robots, Caran d'Arche, Coca-Cola, la production de masse: la personnalité dans l'identification avec en plus, l'humour et l’hystérie.
 Et l'indéracinable paradoxe rock-androllien, la dichotomie du fond et de la forme ; l’un est artifice et l’autre énergie. Consommez-les.

Bert Berhard (En Attendant n°21 02/1978)

L’arène des punks…

FESTIVAL DE MONT-DE-MARSAN
L’arène des punks…

LA DEGENERATION PUNK ?
Non, nous ne reviendrons pas trop ici sur l’aspect et la tenue des « punks de Mont-de-Marsan, dont les médias, en ces semaines maigres du mois d’août, se sont montrés particulièrement friands, depuis les Actualités Télévisées jusqu’à l’inévitable Minute !
Mais pour situer les choses, disons que sur la piste des arènes, qui sont le cadre de la manifestation, on peut schématiquement distinguer deux types d’individus évoluant dans la poussière : Les uns sont des « punks » vrais ou faux, mais de préférence assez atrocement attifés, et se livrant aux seconds avec beaucoup trop de complaisance… Car les autres sont des photographes, professionnels ou non, traquant les premiers sans vergogne en espérant bien réaliser la photo du punk de l’année, sinon l’image du siècle ! (on aimerait bien que celui qui va vendre sa pelloche à Minute porte un badge pour qu’on le reconnaisse !). Mais le gros du public est sur les gradins, qui se garniront progressivement, et presque complètement (4000 personnes ?) d’une foule plus tranquille, venue d’abord pour écouter de la musique et pour juger « sur pièces » de celle des punks. Des gens probablement « motivés », si l’on en juge par les distances que la plupart avait du accomplir pour se retrouver là !

VENDREDI PUNK
La première journée était consacrée aux groupes punks les plus représentatifs, presque tous anglais, si l’on excepte Asphalt Jungle, groupe parisien dont la nullité ne trompa personne ici. On pourrait se demander pourquoi ils ont été |’objet d’une telle complaisance de la presse spécialisée alors que d’autres (punk ou pas) ont toutes les peines du monde à obtenir que l’on parle d’eux…
« Maniacs » a cette particularité assez nouvelle d’avoir un guitariste français, Henri Paul, parfaitement incorporé au groupe. Maniacs était parti pour obtenir un assez bon succès si des ennuis de sono n’avaient « cassé » la fin de leur set… Dommage. La musique de Police aussi avait de quoi séduire les punks les plus mélomanes. J’ai d’ailleurs appris (par la suite l) que c’était un Andy Summers « reconverti » qui était à la guitare. Ceci expliquant sans doute cela… Avec Damned, l’un des groupes les plus connus du mouvement, c’est l’aspect le plus visuel qui nous est présenté : le chanteur Dave Vanian, est une sorte de Dracula en pleine crise dont les déplacements imprévisibles créent un étrange ballet. Mais « l’image » du bassiste, Captain Sensible, genre idiot du village, est encore plus appréciée des amateurs. Tout cela me laisse rêveur… et leur musique aussi. Boys est un groupe de jeunes, extrêmement agressif et violent, qui donne une assez bonne idée de ce dont est faite la musique punk, même si L’intrusion d’un clavier chez eux est assez inhabituelle en la matière. Et ils chantent le vieux titre des Beatles qui donne le nom du groupe !
Clash semblait très attendu, sans doute a cause du disque, et ils ne négligèrent rien pour convaincre : un panneau-photo de « White Riot » ornait la scène, que Damned s’était employé a cacher auparavant ! La rivalité entre les deux groupes semble plutôt sévère et pendant le set de Clash on vit encore Captain Sensible venir verser de la bière sur une des guitares et autres sabotages, avant qu’il se fasse vider comme un malpropre par un roadie ! Si la musique de Clash parait solide a l’image de Joe Strummer, tout cela semble pourtant manquer un peu de la folie nécessaire pour faire passer leur image de révolte. C’est du moins l’impression que j’ai ressentie… Restait Rings, un groupe bien palot avec un Twink sur le retour, pour terminer cette soirée vers deux heures du matin…

VIOLENCE ET DÉSESPOIR…
On pouvait être étonné, face a la violence affichée de prime abord, que tout se soit passé sans incident… En fait, les punks sont surtout des « esthètes de la violence» : ils en cultivent les images (et cela donne assez bien la mesure de leur désespoir), mais ne la pratiquent pas réellement. A preuve leur désarroi quand ils sont pris a parti (comme cela semble arriver fréquemment en Angleterre) par des teddy-boys ou autres…
C’est plutôt un désespoir « résigné » qui caractérise cette nouvelle vague née du chômage et de la crise économique (Angleterre surtout). C’est le cri le plus évident sous le bruit provocateur de leur musique souvent « assommante ». Le lendemain, dans un square de la ville, une guitare découpée dans un carton était accrochée a la statue centrale avec ces deux mots inscrits dessus : « No Future »… On n’ose pas dire « tout un programme »… Fin de notre page sociologique.

DU ROCK ET DES FILLES
Après ce vendredi punk, le samedi fut tout simplement rock et ce fut un soulagement pour certains, qui comparent la musique des punks au bruit des tondeuses a gazons (le plaisir étant « quand ça s’arrête »). Lou’s est un groupe de quatre filles qui s’est produit exceptionnellement les deux jours. Mais elles étaient déjà plus sures d’elles le samedi. Pourtant ces quatre nanas n’ont vraiment pas froid aux yeux, de vrais « garçons manqués » qui doivent aussi aimer bricoler leur Norton… indifférentes a leur présentation pas très esthétique. Juste « natures ». Mais le rock, elles en veulent et leur sincérité fait passer sur bien des défauts techniques ! Par opposition, le groupe suivant, « Shakin’ Street » n’en apparut que plus phallocrate ! En effet, toute leur prestation semble axée dorénavant sur les charmes de leur chanteuse… Elle en a, c’est sur, et sait les mettre en valeur, au grand plaisir des photographes. Mais un groupe de rock, c’est autre chose, et on regrette car on avait cru, il y a quelques mois, voir cet « autre chose » en Shakin’ Street… Encore une fille dans le groupe suivant qui vient de Lyon. Cette fois, c’est la « batteuse ». Marie et les Garçons s’inspirent manifestement des Modern Lovers. Un style assez introverti, donc difficile au milieu de tous ces déploiements ! C’est déjà une assez belle performance pour eux que de ne pas s’être fait jeter, sur-tout si l’on songe qu’ils montaient sur scène pour la première fois !

LES CHOSES SÉRIEUSES…
Les choses vraiment sérieuses allaient commencer avec Tyla Gang, qui pratique un rock très musclé sans tomber dans le travers « hard ». Et c’est avec une immense satisfaction que l’on vit le public lui réserver un accueil délirant. Tyla Gang est en effet beaucoup trop méconnu. Sean Tyla a su retrouver des musiciens remarquables en la personne de Bruce Rowlands, guitariste, Brian Turring, bassiste, et Michael DesMaris, batteur. Un groupe qui fonctionne impeccablement derrière ce grand chef qu’est Sean. Un album devrait enfin sortir bientôt pour nous la prouver et je ne saurais assez vous recommander d’y prêter une oreille ! « Il n’y a eu qu’une heure de vraie musique a Mont-de-Marsan » devait parait-il déclarer modestement Sean Tyla après coup. Sans doute avait-il tout simplement oublié qu’après son passage, il y avait encore Little Bob Story. Et le délire continua, notre rock-group national semblant en pleine forme ! Un délire qui connut peut-être son apogée lors de « Riot in Toulouse »… Un triomphe bien mérité aussi pour Little Bob !

CONTROVERSE…
L’enthousiasme se calma ensuite un peu. D’abord il y eu un peu de pluie. Ensuite les deux groupes qui suivaient sont devenus un peu controversés : Hot Rods parce que leur musique apparaît maintenant, surtout avec le guitariste en plus, comme trop « rhythm and blues » aux oreilles de ceux qui les avaient pris pour des punks aux débuts… Doctor Feelgood parce que le départ de Wilko reste mal digéré par les fans. Personnellement, j’ai tout de même beaucoup apprécié ce passage du Doctor ne serait-ce que pour la hargne farouche que Lee Brilleaux insufflait ce soir-la aux vocaux.

EPILOGUE
Restait Bijou, un groupe vraiment français puisqu’il a cette particularité rare dans le rock de s’exprimer dans notre langue. Pas mal de reprises dans leur répertoire : du Dutronc, du Ronnie Bird surtout (on va-t-elle ; Fais attention ; Tu perds ton temps) et autres Chaussettes Noires. Bijou joue très sec, très vite, et cela déconcerte les danseurs (malgré l’invitation de leur album « Danse avec moi »). Au total, si leur succès est mitigé a cette heure trop tardive, ils ont quand même réussi a étonner beaucoup de monde…
Et un quart d’heure a peine après la fin de Bijou, la pluie se déclenche avec une violence soudaine, comme si elle avait été retenue jusqu’à la fin du festival. Elle précipitera le départ hagard des hordes ensommeillées et fera retomber la poussière soulevée par leurs « pogos » impis…

Serge DU MONTEIL (Rock en stock n°5)

PS 1 : Jam n’est pas passé pour de tristes raisons d’horaire. L’organisation (Skydog + association locale) s’étant souvent montrée un peu débordée lors de ce festival…
PS 2: Le passage de Lou Reed, le dimanche, ne faisait pas partie du festival, puisque c’était une autre organisation, KCP, qui prenait possession des lieux, en faisant repasser les gens a la caisse, bien sur.

SOMETHING ROTTEN IN THE PISTOLS ?

Vous l’aurez certainement appris : il est probable que les Sex Pistols soient dissouts a l’heure actuelle. Vous trouverez ci-dessous la suite des événements qui ont culminé avec cette séparation. Et puis notre interprétation.

LES FAITS:
 Dimanche 15 janvier : Lisa Anderson, Press Manager de Virgin accompagnant X.T.C. en tournée, nous apprend qu’elle vient de recevoir un coup de fil lui annonçant que les Pistols joueront à Rio de Janeiro juste après leur tournée américaine.
 Lundi 16 janvier : Averti du prix des places pour les Pistols à Louvain, Liège et Courtrai (entre 200 et 250 frs), imposé par le promoteur de la tournée, Virgin estime la situation inqualifiable et décide de demander un remboursement partiel des places au promoteur. Le prix maximum est fixé entre 120 et 150 frs.
 Mercredi 18 janvier : Un coup de fil à Ariola distribuant Virgin) nous annonce que les Pistols auraient l’intention de changer de firme. Dali de Clair, notre correspondant à Londres, nous apprend de son coté que Jordan, une fille travaillant à “Seditionaries” (magasin de McLaren, ma nager des Pistols) a été emprisonnée pour une durée d’un mois. Motif : son comportement lors de l’arrestation des Pistols sur la Tamise le jour du Jubilé Royal. On sait aussi que la Finlande a jugé les Pistols “visiteurs indésirables” et que leurs concerts ont été interdits là-bas.
 Jeudi 19 janvier : Sid Vicious a été hospitalisé à New York pour une légère overdose. Il aurait mélangé de l’alcool avec du Valium, en prenant l’avion (c’est malin).
 Durant l’après-midi, les télex diffusent une déclaration de Rotten, disant qu’il quitte le groupe. Steve et Paul, avant de s envoler pour le Brésil, disent de leur côté qu’ils ne veulent plus de Rotten. Virgin confirme le split sans apporter aucune autre information.
 Vendredi 20 janvier : Malcolm McLaren (manager) toujours à New York et impossible à joindre depuis trois jours.
 Samedi 21 janvier : Rotten supposé rentré en Grande Bretagne.
 Dimanche 22 janvier : On en est là et on doit boucler le numéro.
 Suite le mois prochain.

Le mouvement punk est né en réaction contre l’évolution négative du rock : musique populaire s’adressant uniquement aux jeunes, elle était jouée par des gens riches, sans aucun contact avec la réalité de leur public.
 Le rock était en train de crever de ses propres contradictions. Seule une révolution en son sein pouvait transformer cette situation. Cette révolution, les Sex Pistols l’ont menée. On a beaucoup contesté, au fil du temps, leur fidélité à leur attitude primitive, leur authenticité, l'honnéteté du management de Malcolm McLaren.
 Son gout et son talent pour le scandale ont suscité pas mal de controverses. Parmi ces scandales, certains ont été créés de toutes pièces, d’autres exploités immodérément. Mais la haine des Pistols pour le compromis les a certainement conduits très loin.
 Maintenant, à moins d’un nouveau coup de théâtre douteux, il faut parler des Pistols au passé. C’est le drame et c’est formidable en même temps. Au lieu d’être décapitée, la new wave trouve à présent une nouvelle justification. C’était la meilleure chose qu’ils pouvaient faire. C’est courageux, c'est admirable. Alors qu’au départ ils faisaient un énorme pied-de-nez au show business en s’imposant malgré toutes les pressions, aujourd’hui, c’est le pied de-nez aux groupes de la 3é génération du punk, qui sautent dans le train en marche en y voyant un moyen de devenir des stars.

“La plupart de ces groupes ne valent rien, ils sont pathétiques. Ils détruisent tout le mouvement en manquant d’honnêteté.
Quand on sait vraiment ce qu’on fait, on peut ignorer complétement tout le show business, ce que nous aurons toujours fait”.
(Johnny Rotten juillet 77)
“L 'idée de notre groupe n”était pas d’avoir 30.000 imitations mais bien 30.000 attitudes différentes vis-d-vis de la musique.”
(Johnny Rotten, aout 77)

Quant à eux, ils avaient toujours refusé le star-system. Ils avaient voulu échapper à cette autre contradiction du rock, malgré l’attrait qu’i1 constituait.
 “Ces super-stars (Led Zeppelin, Rod Stewart, Queen) sont totalement détachées de la réalité. La différence, c’est que eux étaient tous contrôlés par l’industrie. Nous pas. Et c’est ça qui les effraye, nous on est incontrôlables. ”
(Johnny Rotten, aout 77)
 “Tout le monde en a marre du vieux système. Nous sommes constamment dirigés par des vieux cons sortant de l’université avec des riches parents à la clé. Ils nous regardent de haut et nous traitent comme des idiots en espérant qu’on paye du fric pour les voir (...) Et les gens ont permis que cela arrive. Mais maintenant ça change. Les nouveaux  groupes arrivent avec une attitude tout-à-fait opposée. Ce n'est plus de la condescendance. C est de la pure honnêteté. Nous n'essayons pas d'être commerciaux. Nous faisons exactement ce que nous avons envie faire. Ce que nous avons toujours fait."
(Johnny Rotten, novembre 76)
Ils avaient partiellement résolu les contradictions posées par les concerts: dès qu’un groupe devient populaire, i1 doit jouer dans les grandes salles et satisfaire les curieux. Eux ne jouaient que pour leurs fans grâce au système des concerts secrets ou discrets et ils obligeaient les promoteurs à limiter le prix d’entrée de leurs concerts
(cf article dans “En Attendant” le mois passé).
Les Pistols ne voulaient pas s’é1oigner de leur public et de leur milieu d’origine : prolétariat, petite bourgeoisie.
 “Nous n’avons pas honte de nos origines, contrairement a Bryan Ferry. Nous nous battons en restant dans ce milieu. Évidemment, tenter de battre le système commercial du rock nous attire la répression de tous cotés. Mais ça vaut le coup. Ça vaut mieux que de continuer comme avant.”
(Johnny Rotten, novembre 76)

En ce qui concerne la séparation proprement dite, elle est due à plusieurs facteurs concomitants. D’abord, les Pistols sont arrivés aux USA précédés d’une formidable réputation de violence et d’outrage. Les Pistols (et Rotten en particulier) se sont trouvés dans une situation délicate : soit faire plaisir au public en se forçant à être violents, en se conformant à l’image - fausse - qu’on leur a associée, ou alors décevoir leurs fans en se comportant normalement.
“Ils veulent nous associer a la violence, c’est la seule manière pour eux de nous démolir. Ils veulent nous faire passer pour des cons et des ignorants. Ce qui signifie que nous ne serions pas une menace sérieuse pour eux.”
(Johnny Rotten, novembre 76)

“La violence est le résultat final du desoeuvrement. C’est très facile et c’est très stupide".
 (Johnny Rotten, août 77)

De plus, des dissensions entre Sid Vicious et le reste du groupe sont apparues il y a un mois environ à cause des problèmes (drogue, boisson, sa fiancée Nancy) du bassiste mais Sid avait promis de se coriger pour leur tournée américaine. Après trois jours aux States, Sid assommait un fan avec sa basse.
Il est notable d’autre part que Steve Jones et McLaren ont envie de devenir des stars ou en tout cas de faire partie du plus grand groupe de rock’n’roll.
Paul Cook s’en fout sûrement.
Le plus gros problème c’est sans doute Malcolm, même s’il a toujours été le salut du groupe.

“C’est à la mode de croire que Malcolm nous dicte tout, c’est faux. Il est comme un cinquième membre du groupe et nous avons autant à dire que lui. Ce qui m’amuse, c’est que les gens croient qu’il controle la presse et les média, que c’est un manipulateur. En réalité, il ne fait rien. Il s’assied et les regarde se débattre dans leur merde.”
(Johnny Rotten, juillet 77)

Néanmoins, il est sur que Mc Laren est un génie du scandale et que les journaux, la radio, etc...tombent tous dans le panneau.
Il exploite là une autre contradiction de la presse : elle parle à tort et à travers de ce qu’elle hait, suscitant une émulation qui ne serait pas née si elle avait réagi dès le départ par le mépris.

“Les gens se sentent menacés par leur spontanéité (celle des Pistols). Leur musique n’est pas importante, leur attitude l’est.”
(Malcolm, mars 77)
“On pourrait dire que nous nous haïssons. Mon Dieu, si les gens achetaient les disques pour la musique, le rock serait mort depuis longtemps.”
(Malcolm, novembre 77)
“Ils (les Pistols) se haïssent parce qu’ils ont besoin les uns des autres et qu’ils le savent bien.”
(Malcolm, septembre 76)

Johnny Rotten; en un an, est devenu l’ennemi public n 1 en Grande Bretagne et ailleurs. Cela l’a rendu paranoïaque et torturé.
“Personne ne peut nous arrêter maintenant, ce sont les jeunes qui décident. Il n’y a ni règles ni ordre, nous faisons ce que nous voulons. Et quand nous ne voudrons plus le faire, nous ne le ferons plus du tout.”
(Johnny Rotten, aout 77).

Une fois de plus, Rotten a montré l’exemple. Comme il l’a toujours fait.

Gilles Verlant et Bert Bertrand (En Attendant n°21 02/1978)

 

Range ta chambre !

Nous avons investis dernièrement dans des porte-documents A3 et raisin pour la conversation des affiches.

Si jamais vous avez des affiches en double ou dont vous ne savez pas quoi faire. Nous sommes preneurs…

Actuel n°31 – « Rencontres punk au sommet » Lucrate Milk, Guernica et Bazooka

Rien que de voir des punks fait tourner la page à la moitié d’entre vous. Cette réaction brutale mérite bien qu’on y réfléchisse, non ? Les provocs punks furent le dernier sursaut des années 70 et voilà que le punk connaît un retour en masse. Bizarre. Les nouveaux punks ne connaissent même pas les vieux ancêtres d’il y a cinq ans. Nous avons organisé des rencontres.
Le groupe graphique Bazooka, à gauche, vétéran du punk de 77, échange une cordiale poignée de main avec les « Lucrate milk››, rockers-punks d’aujourd’hui.
PAR JEAN ROUZAUD

Quand on a été punk en 1977 et qu’en 1982 on croise une petite troupe hirsute et bariolée avec sa quincaillerie de chaînes et de badges, ses pantalons lardés de fermetures éclair et ses aigrettes de tifs fluorescents dressés à la verticale, on s’interroge. Continuer la lecture de « Actuel n°31 – « Rencontres punk au sommet » Lucrate Milk, Guernica et Bazooka »

Les Vierges aux mains des…

J’aime beaucoup avoir les petites histoires des disques et avec les Vierges je suis servi.

On commence par ce que je prenais comme le premier 45t des Vierges, qui est en fait un split partagé avec les Mongolo Boppers (le groupe pré-Vierges avec Koza-K-Korch : chant, Dom (O.T.H.) : guitare, Zombie Rockin’Gil : basse, Sammy Surfer : batterie). Un 45t sorti en 1984 à 500 exemplaires par Monsieur Vinyl Records à Montpellier avec sa pochette sérigraphié (une exception à l’époque en France). Il sera suivi par un autre 45t toujours chez  Monsieur Vinyl Records mais qui lui aura deux pressages de 500 exemplaires et toujours une magnifique sérigraphie comme pochette.

Encore plus fort voici le split 10 » Vierges / Shériff sorti en juin 1985, ce disque est resté à l’état de test pressing, cela reste tous de même le premier disque des Shériff sorti deux ans avant leur 45t chez Gougnaf. Les 5 titres des Vierges présents ont été réenregistrés par la suite sur leur premier album (Vittel, La créature des mondes extérieur, A quoi bon, Je pense à toi, Mongolo stomp), cela devait être la neuvième réalisation de Monsieur Vinyl Records.

Merci à Koza-K-Korch pour les infos !

Gérard Blanchard « Tête à claque mais sans plus »

Ce livre est un recueil de dessins réalisé par Gérard Blanchard (originaire de la banlieue rouge de Tours) en pleine naissance de la vague punk, si le graphisme reste très encré dans les années 70’s on sent l’esprit provoc bien présent. Le livre fut édité dans la collection « L’encre sur les dentelles » supplément au P’tit rouge de Touraine au troisième trimestre 1977. Merci à Doc Pilot pour le prêt pour l’expo, plus de pages ici.
+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

 

Nous venons de mettre en ligne le site « Punk à Tours » c’est la continuité de l’exposition en cours à la bibliothèque de Tours.

C’est une plongée dans la faune tourangelle de la fin des 70’s au milieu des 80’s… Par extension c’est une ballade dans la scène rock local et la naissance des radios « libres », des zines…

L’idée est de se promener à travers les années et la scène musicale de ses années là…

L’ami Jacques vient de nous faire une livraison de K7 issus de son studio !!!

Ludwig Von 88 « Houlala la démo »

LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, test pressing 5 exemplaires) 5 janvier 2017
LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, 90 exemplaires avec photocopie sur papier orange et ronds centraux) 20 mai 2017
LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, 95 exemplaires avec photocopie sur papier vert et ronds centraux) 20 mai 2017
LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, 95 exemplaires avec photocopie sur papier jaune et ronds centraux) 20 mai 2017
LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, 95 exemplaires avec photocopie sur papier bleu et ronds centraux) 20 mai 2017
LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, 90 exemplaires avec photocopie sur papier beige et ronds centraux) 20 mai 2017
LP (Rheostat ‎– UTDM 002 – 16 / Euthanasie Records – 1904-065, 50 exemplaires avec photocopie sur papier rouge et sans ronds centraux) 20 mai 2017
[ Pressage M.P.O. ]
+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ Continuer la lecture de « Ludwig Von 88 « Houlala la démo » »