THIS IS THE MODERN WORLD

THIS IS THE MODERN WORLD
 (c’est pas un titre de Jam ¢a ? - P.K.) (Et alors ? - B.B.) (Tagada Tsoin Tsoin - P.K.)

Un des plus évidents bienfaits de la New Wave (entre autres choses !J,c’est la tentative d'abolition des idoles. Ce culte abétifiant et factice de l’IMAGE en tant que perfection mensongère a partiellement disparu au profit de celui de la PERSONNALITE.
 Patti Smith, Johnny Rotten, Elvis Costello ne sont peut-être pas “beaux” selon les critères traditionnels mais ils séduisent pour toutes sortes de raisons.
 Pareil pour Poly Styrene, chanteuse-leader de X-Ray Spex. La première fois que j’ai rencontré Poly, j’ignorais qui elle était.
 C’était en mars 77 un concert des Adverts, Elle était venue me parler parce qu'elle adorait mes lunettes (en forme de pistols) (que J'avais achetées chez Harod’s)  (on’en a rien a branler - R.Duc ) (Une autre parenthèse, quelqu’un ? - N.Milo) (non merci, je suis au regime - G. Verlant) (J'ai rien compris - G.Pilchard) (Je peux continuer ? ) et elle était gaie, simple, vive. Je l'ai revue quelques jours plus tard et j’ai été frappé par son sens visuel.
 Elle n’a pas un physique essentiellement avantageux mais elle s’habille avec imagination et gout. C’est une métisse petite et plutôt forte, avec un appareil dentaire qui rend son sourire charmant mais métallique.
 En juillet 77, j’ai été très surpris de la voir sur scène avec X-RAY SPEX. Mais elle n’était pas là une attraction unique. Il y avait d’abord le public,  fanatique et bouillant, jeune et drôle, énergique et constructif. C’est rare il y avait en plus la jeune (16 ans) Laura Logic au saxophone qui conférait une sonorité amateuriste style Roxy Music au son  ramalamanousonestauchomage punk instamatic de la rythmique Richard
 Tee (no relation) à la batterie et Paul Dean à la basse ainsi qu’à la
 voix stridente de Poly.
 Troisième initiation 2 novembre 77 . X-Ray Spex en concert dans le nouveau centre de Londres : High ate. Le public est de plus en plus jeune, nombreux, délirant, hystérique et amusant. Tout le monde se donne à fond comme s’il n’y avait virtuellement No Future. Laura a dû rentrer à l’école et est  remplacée par Glyn Johns (no relation). Les nouvelles compositions (“I Am A Poseur”, “Obsessed With You”, “Submerge”) sont du même niveau que leur merveilleux single “Oh Bondage/Up Yours”.
 Habillée de plastique rose et orange, voyant mais pas vulgaire, Poy est maintenant une célébrité  et ce n’est que justice. Sa vision  du monde moderne est particulière en ce sens qu’elle est obsédée par le système, la mécanisation et la publicité. “My Mind Is Like A Plastic Bag", “Artificial”,
 "The World Turned Day-Glo" évoquent peut-être l’univers d’Ultravox mais l’esprit de Poly Styrene (née Marion Elliott) est totalement dénué de prétention et est plus axe sur les supermarchés que sur les écoles d'art. Son argument : "Si nous ne consommons pas, c'est le système qui nous consomme".
 Le nylon, le synthétisme, Kleenex, les robots, Caran d'Arche, Coca-Cola, la production de masse: la personnalité dans l'identification avec en plus, l'humour et l’hystérie.
 Et l'indéracinable paradoxe rock-androllien, la dichotomie du fond et de la forme ; l’un est artifice et l’autre énergie. Consommez-les.

Bert Berhard (En Attendant n°21 02/1978)