REFORMATION DE R.A.S.!

"Les concerts de la reformation de R.A.S. (environ un par mois) sont annoncés sur la page Facebook R.A.S. officiel"

A l'origine, un texte couvrant la période 1982-83 devait figurer dans la réédition du 45 tours. Suite à un oubli, les premiers acheteurs du 45 tours n'ont pas eu cet insert qu'ils peuvent désormais télécharger et imprimer ici. Et encore désolé pour cette erreur de notre part.

        Dans le paysage punk/oi ! français, R.A.S. fut une météorite ! Moins de deux ans d'existence, peu de concerts, mais le groupe a laissé une trace indélébile dans bien des mémoires. Et pour cause ! A une époque où skinhead n'est pas encore forcément synonyme d'extrême-droite, R.A.S. se forme fin 1982 entre les villes de Bois-Colombes et d'Asnières, en banlieue parisienne, dans un esprit skunk, mix de culture punk et skin. La cohabitation parfaite entre Special Duties et Red Alert ! La pochette du 45 tours, rapidement dans les bacs, incarne d'ailleurs cet état d'esprit. Et, tandis que les écussons tricolores commencent à fleurir sur les bombers de pas mal de skins, le groupe montre clairement ses idées anti-nationalistes... portées justement par un skinhead au chant. R.A.S. a toujours eu le goût des paradoxes. Avec la sortie du 33 tours, "84", leur public s'étoffe, mais crée la polémique. Plusieurs de leurs textes entraînent des discussions sans fin dans le microcosme. Certains punks se méfient d'un groupe au look de plus en plus skinhead, tandis que les autonomes, voyous politisés des squats parisiens, leur reprochent le rejet de l'idéologie communiste, et que de nombreux skins ne supportent pas leur rejet du nationalisme. Face à une tendance montante à se prétendre fier d'être français tout en étant nostalgique du IIIème Reich, on doit à R.A.S. d'avoir acculé la mouvance skinhead à faire des choix clairs... finies la confusion et les contradictions, une seule question : facho ou pas, un point c'est tout ! Le groupe le paiera cher, ses concerts devenant le théâtre de démonstrations de force de la part d'une poignée de skins déployant drapeaux français et saluts nazis, puis battes de base ball et gazeuses de lacrymo. R.A.S était pourtant un groupe composé de grands déconneurs, ne se prenant pas trop au sérieux et aimant les délires et la rigolade. Mais, devant une violence montante, le groupe finit par se séparer durant l'été 1984. Certes, le futur a démontré que l'empreinte d'extrême-droite a fini par déteindre sur la quasi-totalité de la mouvance skinhead française à partir de 1984. Mais R.A.S. a au moins le mérite d'avoir souligné des contradictions et forcé les hypocrites à choisir leur camp. 25 ans plus tard, la réédition officielle de la discographie de R.A.S. conserve tout son sens.

PREMIER CONTACT AVEC LE PUNK

Nicolas - Il y avait un mec au bahut qui écoutait Damned, Ruts... ça devait être en 1978. Ensuite, le premier disque punk que j'ai acheté c'était le premier album de Clash. A l'époque, mon grand frère était plutôt hippie et moi je n'accrochais pas du tout. Il devait écouter les Rolling Stones et Led Zeppelin. Je préférais les trucs plus directs, comme le rockabilly, même si je trouvais qu'il y avait un côté comique, et puis j'ai du tomber sur Stooges et MC5. Dans le punk, j'aimais la musique mais aussi l'attitude, quelque chose qui tranchait avec le climat ambiant. J'ai découvert Métal Urbain et Guilty Razors mais je préférais les groupes anglais qui avaient un son plus brut.

Rémi - J'ai entendu "God Save The Queen" des Sex Pistols à la radio l'été 1977 en vacances en camp d'ados. J'ai pris une grosse claque. Avant ça, la musique la plus violente que j'écoutais c'était du heavy rock, comme Alice Cooper. Progressivement, je me suis mis au punk rock.

Taki - Pour moi, la révélation ça a été quand mon pote Bibi m'a prêté l'album des Sex Pistols. Ça devait être en 1979 et ça a été un vrai choc ! Il y a eu chez moi une vraie réaction physique à un impact musical. Avant, j'écoutais des groupes comme Kiss et Status Quo. J'écoutais la radio donc il devait y avoir à boire et à manger.

Trevor - C'est Taki et Philippe (Bibi - NDLA) qui m'ont fait découvrir l'album des Sex Pistols en 1979. Avant ça, j'écoutais des bons groupes comme The Who ou de moins bons comme Supertramp.

Jean-Louis - J'ai vu un truc à la télé sur les Sex Pistols. Ça devait être en 1979 ou 1980, j'étais avec ma grand-mère. Mais ça n'a provoqué chez moi aucun déclic. A l'époque, j'écoutais surtout les Rolling Stones. C'est plus tard que Taki, qui était en classe au lycée avec moi, m'a fait écouter des disques. J'ai bien flashé sur la vague ska. J'ai même été au fan club de Madness.

Gaz - Avec un pote, Alcino, on a découvert l'album des Pistols en 1979. J'avais grandi en écoutant du rock'n'roll et du rockabilly. Là, j'étais bouleversé, tant par la musique, l'esprit que la provocation qui m'excitait beaucoup.

Xavier - J'avais des potes dans la cité où j'ai grandi qui écoutaient déjà du punk rock. A 16 ans, j'ai écouté, la musique et le look m'ont plu et j'ai suivi.

( 1983 - Le remplacement de Nicolas par Rémi - Trevor, Taki, Gaz, Rémi, Jean-Louis. Archives R.A.S. )

LE LOOK

Nicolas - J'ai tout de suite eu un look ! Et je me sentais vraiment à l'écart des autres. Au bahut, il y avait quelques mecs au look rocker et ça passait à peu près. Mais avec le look punk, c'était un cran de plus. Je passais pour un mec bizarre auprès des autres de mon âge. A l'époque, il y avait peu de presse musicale alors on ne voyait pas trop de punks. En plus, j'avais un look assez extravagant … des t-shirts que je me faisais moi-même, des vêtements noirs avec des zips, des jeans déchirés avec des épingles à nourrice. Je ne me suis pas senti isolé trop longtemps parce j'ai croisé d'autres gens comme moi, comme Laurent (qui a joué successivement dans Smegmatics, Hoax et Treponem Pal dans les années 80 et 90 - NDLA). A partir du moment où on est plusieurs, les activités favorites c'est de se traîner dans la rue, de s'incruster dans des fêtes et de s'en faire virer si on était trop turbulents, de se faire courser par des rockers et puis par des Arabes parce qu'ils ne comprenaient pas ce qu'on représentait.

Rémi - J'ai commencé à écrire des trucs sur des chemises, à me servir de bombes de peinture. Le look 77 devait être personnel et créatif.

Taki - Je n'ai jamais eu de look extravagant. Très rapidement, j'ai eu une casquette, un Harrington et des Doc Martens.

Trevor - Je n'ai jamais eu de look. Au sein de R.A.S., ça s'est limité à une paire de Doc Martens basses et des polos Fred Perry.

Jean-Louis - Je n'ai jamais vraiment eu de look punk.

Gaz - J'avais un besoin de m'identifier très fort. Du coup, j'ai eu très vite plein de looks punk différents.

Xavier - Au début, le look c'était juste une veste de costard, un jeans troué, une paire de baskets pourries, quelques épingles à nourrice et les cheveux en l'air.

 

LE MILIEU SOCIAL

Nicolas - J'ai grandi dans un milieu intellectuel et créatif, de gauche.

Rémi - Mon père était ajusteur et ma mère secrétaire. Je viens donc de la classe ouvrière.

Taki - Pour ce qui est du noyau dur, aujourd'hui, on aurait été considérés comme des bobos. On était de bonne éducation et on ne venait pas des H.L.M.

Jean-Louis - Je viens des classes moyennes. Je ne viens pas d'une famille très riche mais je n'ai jamais manqué de rien.

Gaz - Je viens du bas des classes moyennes. J'ai d'abord grandi dans une cité ouvrière, puis mes parents ont réussi à acheter une petite maison.

Xavier - Je viens d'un milieu social ouvrier. J'étais dans une cité à Meudon-la-forêt.

UNE SECONDE VAGUE PUNK

Nicolas - Lorsque j'ai rencontré Taki, la première vague punk était déjà retombée et on commençait à s'intéresser à ce que faisaient les nouveaux groupes. On a du flashé ensemble sur un groupe comme Anti Pasti. Bizarrement, alors que j'avais un look, totalement skinhead au sein de R.A.S., j'adorais Discharge, Conflict et Subhumans autant pour la musique que les idées.

Rémi - Il y a eu des groupes comme U.K. Subs et Exploited qui ont relancé une nouvelle vague. Je les ai découverts en 1980. C'est là que j'ai vu les premières crêtes. Les looks étaient plus durs. Mais déjà, on sentait qu'un certain état d'esprit s'était perdu. Il y avait moins de création dans le look et toute la panoplie du punk était à vendre, assez chère d'ailleurs.

Trevor - J'étais moins emballé. Pour moi, la référence c'était The Clash.

Gaz - J'ai rencontré de nouvelles personnes qui écoutaient de nouveaux groupes et ça a été une suite logique.

Xavier - Il y a eu un durcissement dans le public à partir de la seconde vague, et des rivalités de rue. Quand tu étais parti t'acheter des fringues à Londres, il fallait assumer et assurer son look. Tu pouvais te faire embrouiller pour te faire dépouiller. Et t'en as vite marre de ces conneries.

VIRUS 77

Nicolas - Quand j'ai rencontré Taki, ça devait être la fin de Virus 77, son groupe de l'époque. Ils avaient joué dans un lycée à Bois-Colombes. Dans le public, il devait y avoir quelques punks et puis le reste de gens normaux.

Rémi - J'ai vu Virus 77 sur scène dans le fameux gymnase de Colombes, à un concert où je jouais avec mon groupe. Déjà, ils reprenaient "Bad Man" de Cockney Rejects.

Taki - On a formé Virus 77 en 1981 entre potes du lycée et ça a dû durer un an. Il y avait Jean-Louis qui était déjà à la batterie et au début Bibi au chant. Mais il chantait trop mal, alors il est devenu le manager. J'étais le bassiste et je commençais déjà à écrire des textes. On a fait des concerts dans notre quartier, du côté de Bois-Colombes et d'Asnières. On avait un peu de tout comme public, y compris des fans de Téléphone, des rockers, des babs. Bibi avait trouvé le studio de Bob Mathieu qui n'était pas trop cher et on a enregistré quatre titres. Ça a été une rencontre choc ! C'était un type qui avait déjà une quarantaine d'années (il avait été batteur des Lionceaux, le premier groupe de Herbert Léonard - NDLA). Il est entré dans un monde qui lui était totalement inconnu mais il était très ouvert et très sympa. Le seul problème c'est qu'il fallait se battre avec lui pour mettre la guitare en avant. On avait un guitariste qui hésitait entre le punk rock et le hard rock ... c'est pour ça que j'ai dit stop.

Trevor - Je suivais Virus 77 avant tout parce que c'était une bande de copains. Je leur servais un peu de roadie et de photographe. Je connaissais Jean-Louis depuis la 6ème. On n'était pas dans la même classe mais on faisait de la gymnastique ensemble à l'école. Ensuite, j'ai connu Bibi en 5ème et Taki l'année suivante, parce qu'on faisait du foot ensemble.

Jean-Louis - C'était un groupe de lycée, fait pour jouer au lycée ... ça n'a pas été beaucoup plus loin.

Gaz - Virus 77 était l'autre groupe d'Asnières/Bois-Colombes. J'avais été les voir à un concert et j'avais trouvé ça pas très punk, plutôt rock en fait. Et ils n'étaient pas très lookés. A la gare de Bois-Colombes, il y avait un flipper, et le mercredi, avec mes potes de Curse, on essayait de le squatter. Mais parfois, Taki et Bibi étaient arrivés avant nous. Et puis, on a fait connaissance.

LA FORMATION DE R.A.S.

Nicolas - J'ai rencontré Taki en fac d'Anglais en 1981. Quand il m'a demandé d'être chanteur dans R.A.S., en 1982, j'avais encore le look punk. Au début, les influences étaient plutôt punk, avec un blocage certain sur Special Duties et puis petit à petit de plus en plus oi ! Je suivais les mouvements que soutenaient les punks anglais, le Campain For Nuclear Disarmament, le Animal Liberation Front, alors que d'autres dans le groupe qui n'affichaient pas ce look se cantonnaient de plus en plus à la oi ! C'était trop sale et trop radical pour eux. Je leur avais présenté mes potes punks mais ça n'avait pas accroché. De toute façon, ils étaient plus propres, plus conformistes que moi et certainement moins à gauche que moi. A 15 ans, j'avais lu des trucs de Marx, Bakounine, Proudhon, même si j'étais loin de tout comprendre. Mais ça ne veut pas dire que les autres membres de R.A.S. n'avaient pas aussi une sorte de révolte en eux.

Rémi - On répétait dans le même bâtiment, R.A.S. à un étage et mon groupe à un autre. J'ai connu Jean-Louis en premier parce que c'était mon voisin et il m'a présenté Taki. On a commencé à traîner pas mal ensemble. J'assistais à beaucoup de leurs répétitions et pour délirer je faisais les chœurs avec eux. De toute façon, mon groupe se cassait la gueule.

Taki - Jean-Louis et moi on avait envie d'autre chose alors on a monté R.A.S. très rapidement. J'ai fait la connaissance de Nicolas qui avait l'air d'un fou furieux... idéal. Il était dedans à fond. Et moi, je me suis mis à la guitare. Bibi est resté notre manager.

Trevor - Je suis rentré dans le groupe surtout parce que c'était une bande de copains. Je m'intéressais à la musique, mais franchement, s'ils avaient fait de la soupe, j'aurais suivi aussi. J'avais envie de participer à cette aventure, alors j'ai proposé de jouer de la basse dans le groupe. Je n'en avais jamais joué, et c'est ce qui était intéressant... on pouvait faire son propre truc sans savoir très bien jouer d'un instrument.

Jean-Louis - C'était la suite de Virus 77 avec d'autres gens. J'ai suivi le mouvement. Taki était le seul à vraiment maîtriser son instrument.

Gaz - Après avoir quitté Curse, j'ai fait le roadie pour Virus 77. Alors, de manière logique, j'ai continué avec R.A.S.. J'étais le seul à avoir une voiture, donc ce rôle s'est imposé tout seul. J'ai assisté aux trois premières répétitions avant que Nicolas rejoigne le groupe. J'ai même fait un essai au chant, mais Nicolas chantait nettement mieux que moi.

Xavier - Un été, je faisais du camping dans les landes, et j'ai fait la connaissance de Taki, Trevor et Jean-Louis qui étaient aussi en vacances. On est restés en contact et ensuite, j'ai fait la connaissance des autres à Paris dans un restaurant de choucroute. Après cette soirée, on ne s'est plus lâchés. J'ai commencé à aller aux répétitions du groupe, à traîner avec eux.

LES SPECIFICITES DE R.A.S.

Nicolas - J'ai eu rapidement deux façons différentes de chanter. Pour la voix la plus éraillée, sur les morceaux rapides, c'était une influence flagrante de Special Duties et il y a peut-être aussi l'influence de Skrewdriver. Pour la voix la plus claire c'est un peu une influence de 4 Skins. Je crois qu'on voyait la oi ! comme quelque chose de spécifiquement anglais et qu'on n'avait pas envie de porter une étiquette.

Taki - C'est Bibi qui disait à Nicolas d'utiliser telle ou telle voix pour tel ou tel morceau pour l'enregistrement du 45 tours. Beaucoup de morceaux de R.A.S. sont composés de parties de morceaux de groupes anglais réarrangés et collés. Parfois, c'est tellement flagrant que j'en rigole encore ! Parfois, c'est une inspiration inconsciente, parfois c'est un hommage, une sorte de clin d'œil et pois parfois c'est du pillage pur et simple. J'adorais Special Duties, Cockney Rejects, Sham 69, Abrasive Wheels, 4 Skins, Infa Riot et quelques autres. J'étais techniquement limité, sans doute parce que j'avais un poil dans la main, mais moi ça m'allait comme ça. Et puis, si on est vraiment bon musicien, je ne crois pas qu'on en reste à faire du punk.

R.A.S. ET LE MOUVEMENT SKINHEAD

Nicolas - Ma copine de l'époque, Ragna, était punk et on a du changer pour le look skin ensemble. Elle était métisse noire et a dû m'amener vers le ska et le reggae. Je crois qu'elle connaissait les Swingo Porkies aussi. Au début, lorsqu'il y a eu une éclosion des écussons bleu blanc rouge sur les bombers des skins au début des années 80, je ne voyais pas ça négativement parce qu'en Angleterre le drapeau a été mis en avant de nombreuses fois dans différents genres de rock. D'ailleurs, quand j'étais punk, j'avais un t-shirt avec le drapeau anglais qui symbolisait l'attachement à leur culture. Personnellement, je n'ai jamais porté l'écusson bleu blanc rouge.

R. - J'avais vu les premiers skins de Colombes comme Farid et Pierrot le Fou en 1978 ou 1979, en prenant le train de banlieue. Et puis, le guitariste de mon groupe travaillait avec Hugues, le frère de Pierrot le Fou. Les skins de Colombes étaient fans de Stiff Little Fingers et avaient monté un groupe, Samu 92. On avait joué avec eux au concert annuel organisé dans un gymnase de Colombes. Ils ne savaient d'ailleurs pas du tout jouer. Sinon, Jean-Louis avait dû un peu traîner avec des skins de Jacques Bonsergent (une station de métro à Paris - NDLA) qui n'étaient pas fafs. Mais après, il commençait à y avoir pas mal de skins fafs dans les rues de Paris.

Ta. - On avait entendu parler des premiers skins de Colombes mais je ne les ai jamais connus.

J.L. - Les premiers skins de Colombes, on ne les connaissait que de réputation. Moi j'ai eu un look skin. C'était plus discret, ça m'allait bien. Mais les étiquettes m'emmerdent. Dans la vie, les gens ne sont pas dans des cases, c'est plus compliqué que ça. Par Taki, j'ai connu un mec qui était pote d'une autre qui, lui-même, avait été proche de Pierrot le Fou. Voilà comment on se retrouve à fréquenter des skinheads voyous. Et même s'ils étaient bagarreurs, c'était humainement des gens biens et pas facho. En groupe, ils étaient insupportables mais seul à seul, on pouvait avoir de vraies discussions. Nous, les membres de R.A.S., on n'a jamais été des méchants ou des hargneux.

G. - Je suis passé du look punk au look skinhead de la manière la plus naturelle, sans me poser aucune question. Au début, je n'avais qu'un seul polo Fred Perry rouge et une seule paire de brettelles.

L'ENREGISTREMENT DU 45 TOURS

Nicolas - Bibi, qui était le seul à aimer Crass, nous a montré les pochettes dépliantes de leurs albums et on a décidé de faire pareil. Et puis de mettre plein de photos comme sur une pochette de Cockney Rejects. Sinon, l'enregistrement lui-même, je n'ai pas vraiment de souvenirs. C'était sympa mais un peu laborieux parce qu'il fallait refaire plusieurs fois la même chose. Et puis, personne ne buvait alors c'était un peu chiant.

R. - Je n'y ai pas assisté. Mais je trouvais ça bien qu'ils aient enregistré au bout de deux mois de répétitions. Jean-Louis m'a fait écouté l'enregistrement dans le radio-cassette d'une voiture devant chez lui. Il m'a expliqué que l'ingénieur du son avait enregistré Carlos et des orchestres de majorettes. C'était vraiment drôle !

Ta. - Avec Virus 77, on était restés sur notre faim. Du coup, avec R.A.S., on avait envie de sortir un truc très vite alors on est allé en studio avant même d'avoir fait un concert. Bibi pensait que c'était bien de faire parler de soi d'abord avec un disque. Quand on est revenu chez Bob Mathieu avec un skinhead au chant, ça ne l'a pas choqué. Le courant est d'ailleurs bien passé entre eux. Je crois qu'il était davantage choqué par mon son de guitare qui était encore plus saturé qu'à l'époque de Virus 77. Tr. - J'avais merdé pas mal à l'enregistrement. Du coup, j'avais été obligé de ré-enregistrer plusieurs fois des parties de basse. Je me souviens qu'il y avait sur la batterie un dessin de Reiser qu'il avait fait pour Bob Mathieu. J.L. - Je ne m'en souviens pas très bien. Je crois me rappeler qu'il y a eu des problèmes avec la voix et qu'à la fin on était bien fatigué.

LE PREMIER CONCERT DE R.A.S.

Nicolas - J'avoue que je ne me souviens presque d'aucun concert. Et bizarrement, ce sont ceux où j'ai le plus bu dont je me souviens le mieux. R. - Pour le premier concert, qui s'est déroulé dans une maison de quartier au milieu d'une cité de Gennevilliers, Trevor était absent et je l'ai remplacé à la basse. Ta. - Ça m'a impressionné. Je crois que j'avais plus conscience de la musique que je faisais et de l'impact que je voulais que ça ait. J.L. - Je n'ai aucun souvenir de ce concert. A part que certains membres de Wunderbach étaient venus. Ça faisait un peu les seniors qui viennent jauger les petits jeunes !

L'ARRIVEE DES TROIS CHORISTES

Nicolas - Les chœurs ça donnait plus de puissance, d'impact. Et puis, visuellement ça nous permettait de mieux occuper l'espace. Je ne crois pas qu'on était un très bon groupe de scène. Personne ne bougeait. Moi je restais très droit, les seules fois où j'ai dû bouger c'est quand j'étais vraiment torché. Au début du groupe, j'étais plutôt proche de Taki mais quand les trois choristes sont arrivés c'était plutôt avec eux que je délirais. Ils étaient plus lookés, ils étaient moins sages et Rémi picolait encore plus que moi. R. - Le lendemain du premier concert, R.A.S. jouait toujours dans le même gymnase de Colombes, avec cette fois Trevor à la basse. Comme le groupe passait en dernier et qu'on avait attendu toute la journée, certains avaient pas mal picolé. On est monté sur scène pour la première fois avec Xavier, Gaz et moi aux chœurs de manière complètement improvisée. Ça faisait plein de monde sur scène, des crânes rasés, on était chaud et les quelques punks dans la salle un peu turbulents ont fait valdinguer des barrières. Du coup, les organisateurs ont coupé le son au deuxième morceau et ça s'est fini comme ça. Ça a du contribuer à nous faire une petite réputation. Et puis on a gardé cette formule des trois choristes. Ta. - On a attendu toute la journée au concert de Colombes pour finalement passer sur scène en fin de journée. Je crois qu'avec nos dégaines on faisait peur aux organisateurs et aux gens de la mairie. Ce qui est étonnant c'est que les gens ont beaucoup parlé de cet épisode et par la suite on était connus pour être le groupe qui s'était fait couper le son au bout de deux minutes. A partir de ce concert, on a gardé la formule des choristes. On trouvait ça original et je crois qu'on devait être un des rares groupes à le faire. Tr. - C'est encore une histoire de copains. Ces trois-là, ils traînaient toujours avec nous. Dans les groupes Oi ! c'était la mode d'avoir des gros chœurs. G. - Curse était programmé au même concert, mais n'avait plus de bassiste, alors Alcino m'a demandé de faire le concert avec eux. Rémi m'avait coupé les cheveux n'importe comment, j'avais des petites touffes mal rasées un peu partout sur le crâne. C'est à ce concert que j'ai fait les chœurs avec eux pour la première fois. X. - Je ne les quittais plus, je portais leurs amplis, et de fil en aiguille, j'ai fait les chœurs. Je pense que ça s'est passé à peu près de la même manière pour Rémi et Gaz. On assurait une sorte de soutient et ça donnait un truc en plus. Le chant principal pouvait un peu se reposer sur nous.

LES MEMBRES DE R.A.S.

Nicolas - Il y avait des gens très différents dans le groupe. Par exemple, Trevor aimait la musique, aimait faire partie du groupe mais il n'était pas du tout dans le trip. C'était quelqu'un de très discret et de très droit aussi. Bibi était le manager. Je pense qu'il n'osait pas se mettre en avant sinon il aurait eu un rôle sur scène. Mais il avait une idée très précise de sujets sur lesquels il voulait écrire … c'était presque des chansons à texte. Je crois aussi qu'il relisait tous les textes que les membres du groupe écrivaient. Je crois qu'il y avait peu de groupes qui avaient une telle variété de textes. R. - Il y avait deux meneurs, Taki, qui a du composer quasiment tous les morceaux, et Bibi, qui était le manager et qui occupait une grande place de parolier à l'intérieur du groupe. Trevor était le genre de mec que tu n'aurais jamais imaginé dans un groupe. Il n'avait pas de look. Nicolas m'impressionnait pas mal au départ. On a d'ailleurs pas mal sympathisé. Jean-Louis est celui que je connaissais le mieux. Avec Gaz, on se fendait vraiment la gueule. C'était le bouffon de service, dans le sens drôle, pas dans le sens péjoratif. Ta. - Dans le groupe, il y en avait qui buvaient, d'autres qui fumaient, d'autres plus propres mais je crois qu'on se retrouvait tous dans un gros délire de rigolade. Nicolas était une sorte d'extra-terrestre. Trevor était plutôt décalé … on pouvait facilement penser qu'il n'était pas à sa place. C'est lui qui a écrit le texte très anti-clérical de " Alleluia " et je crois qu'il avait été marqué par ses années de catéchisme. Bibi était le boss, celui qui voulait gérer. Je pense qu'il regrettait d'ailleurs de ne pas avoir pu être un membre à part entière du groupe alors il s'investissait beaucoup dans l'écriture des textes, les idées. A un concert, il est monté sur scène, a pris un micro et a occupé le devant de la scène … ça avait un peu énervé Nicolas. Jean-Louis était un peu le bon élève, celui qui voulait bien faire les choses. Xavier était quelqu'un de très droit et de fidèle, toujours présent quoi qu'il se passe ... et drôle. Rémi était un bon vivant ; il ne se prenait pas la tête et il ne se prenait pas au sérieux. On a même écrit un morceau hommage sur lui. Quand on a connu Gaz il était rocker et il avait une banane. Il est devenu punk et pour notre premier concert il s'est fait raser le crâne. C'est, selon moi, celui d'entre nous qui a certainement le plus traversé d'épreuves et qui, du point de vue personnel, a fait preuve de la plus grande force de caractère. J.L. - J'ai l'impression que Bibi a choisi sa position entre-deux au sein du groupe. Nicolas était quelqu'un de sympa mais un peu difficile à cerner, un peu imprévisible au niveau de sa manière de réagir. Du coup, ça rendait les relations, aussi bien amicales que dans le cadre du groupe, pas forcément évidentes. Je me sentais plus proche de Rémi, qui était mon voisin. Un jour, j'écoutais Starshooter à fond et on a du commencé à se parler comme ça. G. - Avec Rémi, on avait vraiment la même déconne. Taki et Bibi apportaient beaucoup au groupe, dans leur manière de voir, dans les textes. Bon, si Taki avait été moins fainéant, sans doute qu'il aurait pu un peu plus bosser la guitare et amener quelque chose de plus original au groupe. Bibi c'était la boîte à sagesse. Quand je me bourrait trop la gueule, il était toujours très bienveillant avec moi. Trevor était très sympa mais peut-être un peu en décalage dans le groupe. Je me souviens que Jean-Louis était un peu rigide.

LES CLASSES SOCIALES AU SEIN DE R.A.S.

R. - Les membres originels de R.A.S. étaient des étudiants qui venaient des classes moyennes et supérieures tandis que les trois choristes venaient plutôt du prolétariat. C'est vrai que c'est avec Xavier et Gaz, les deux autres choristes que j'ai surtout déliré et traîné. Mais cette différence ne nous posait pas de problèmes. Peut-être que sur la fin, quand tout allait mal, certaines jalousies envers ceux qui recevaient de l'argent de poche de leurs parents pour acheter des disques sont ressorties. Ta. Je crois qu'on a essayé de faire en sorte qu'il n'y ait aucune gêne de part et d'autre. Tr. - On venait de milieux très différents, mais on se mélangeait bien. Il y avait ceux qui faisaient des études, et c'était Nicolas et ceux qui jouaient d'un instrument, et il y avait ceux qui étaient déjà dans la vie active. Les premiers étaient toujours dépendants de leurs parents alors que les autres payaient eux même leur essence dans la voiture. Ça faisait peut-être une différence de maturité. J.L. - Je crois franchement qu'on se foutait complètement des différences de milieu dont on était issus. G. - J'étais manutentionnaire à l'époque. Ça ne m'a jamais posé de problème que certains soient plus friqués que moi. Je n'ai jamais été jaloux. Quand certains rentraient avec plein de disques qu'ils avaient acheté en Angleterre, je me disais juste qu'ils avaient de la chance. Et puis, ceux qui avaient de l'argent ne nous faisaient jamais sentir leur différence. X. - Malgré le fait qu'on venait de milieux différents et qu'on n'avait pas tous des rôles-clé dans le groupe, on était tous traités pareil, et c'était très appréciable. Je n'ai jamais ressenti la moindre différence entre nous. Et lorsque l'un de nous était dans la merde, il y avait une grande solidarité.

LE CONCERT A LA FETE DE L'HUMANITE

Nicolas - L'un de mes meilleurs souvenirs ! Je crois me rappeler que certains dans le groupe étaient un peu réticents à l'idée d'y jouer. Rémi et moi, au contraire, ça nous éclatait ! Avant le concert, on a passé notre temps tous les deux à aller picoler du Ricard dans plein de stands. Tout le monde nous regardait. Normal, on était skins tous les deux. Mais on hallucinait que les gens nous matent comme ça, on ne se rendait pas compte. A l'époque, les skins étaient tellement peu médiatisés qu'on ne voyait pas le problème. Quand on est monté sur scène, on était complètement raides. A ce concert, il y avait aussi les Cafards qui étaient encore plus graves que nous. Ils étaient vraiment très sympas. Je n'aurais jamais traîné qu'avec des skins comme le faisaient certains parce qu'il y avait trop de gens sympas partout. Je n'aime pas les gens qui se prennent trop au sérieux. R. - Les Cafards nous avaient proposé de venir jouer avec eux et les Wampas au stand d'Epinay-Sur-Seine. Certains étaient un peu réticents à l'idée d'y jouer mais il y avait tellement peu d'occasions de faire des concerts. Une fois là-bas, avec Nicolas, on est parti prendre l'apéro. On l'a pris pendant un bon moment. Au moment où R.A.S. était monté sur scène pour jouer, ils ne savaient pas où on était. On était complètement bourrés quand on est monté sur scène. Je crois que pendant le concert, Nicolas a arraché une banderole. Les mecs du stand étaient furieux. Il a fallu négocier pour continuer à jouer. On reprend et je fais monter plein de monde sur scène. C'était un vrai bordel ! Ta. - Je crois que R.A.S. était un groupe qui ne ressemblait à aucun autre : un groupe avec des skins pas du tout nationalistes qui joue à la Fête de l'Huma à une époque où les red skins n'existaient pas et alors qu'on rejetait le communisme comme une forme d'oppression. Dans le groupe, personne n'était marxiste-léniniste. Sans doute, du fait de l'héritage de ses parents, Nicolas était le plus ancré à gauche. Tr. - La Fête de l'Huma, ce n'était pas trop la couleur politique du groupe. Certains membres du groupe ne se considéraient même pas à gauche. Mais j'ai le souvenir d'un bon concert. J.L. - A l'époque c'était un concert parmi tant d'autres. Mais avec le recul, je suis très fier qu'on l'ait fait celui-là ! G. - Je suis parti faire mon service militaire à partir d'avril 1983, donc j'ai loupé plein de concerts. X. - On jouait en face d'un stand Ricard... ça commençait bien ! Je ne suis pas sûr que c'était un bon concert mais on s'est vraiment bien marrés !

R.A.S. ET PARIS

Nicolas - Au début, je restais avec mes potes du coin, à Saint-Cloud. Quand on était de banlieue, on connaissait mal les gens de Paris. On bougeait pour aller voir le peu de concerts… Ramones, Clash. Il n'y avait même pas la boutique New Rose au début. On allait voir ce qu'avait reçu la Fnac. R. - Comme on était majoritairement sur Asnières et Bois-Colombes, on se retrouvait presque tous dans un café du coin. On n'a jamais joué à Paris même et on allait pas vraiment y traîner. Ta. - On allait très peu à paris. On restait beaucoup dans notre banlieue. Ça ne nous a d'ailleurs pas aidé à trouver des gens qui seraient intéressés de nous produire. C'était une manière de fuir des tendances un peu commerciales. On a sorti nos disques nous-même. D'ailleurs, la structure que nous avions créée pour régir notre label Fomb s'appelait l'Association Pour le Rock de Banlieue Nord. J.L. - Il y avait plusieurs facteurs qui jouaient. On était pas sur Paris, on habitait presque tous chez nos parents. On était très repliés. X. - On allait à Paris parfois pour se faire un petit resto. De là, on partait dans des fêtes où on était invités. En général, c'est Rémi qui me ramenait chez moi en voiture, malgré la distance entre Asnières et Meudon-la-forêt, ou alors je dormais chez les parents de Taki.

R.A.S. AU SEIN DE LA SCENE FRANCAISE

Nicolas - On ne se posait aucunement la question. Je me souviens juste qu'on aimait pas Lucrate Milk et Bérurier Noir parce que c'était trop bordélique à notre goût. Même s'ils avaient les mêmes idées, je préférais Conflict à Crass parce que j'avais l'impression qu'avec Crass on revenait à quelque chose de plus hippie. On se sentait plus proche de groupes plus directs. Par contre, je n'aimais pas trop les gens de Wunderbach que je trouvais pédants. R. - On connaissait les mecs de Wunderbach parce qu'on a répété dans le même local à Nanterre. J'avais connu les Wampas et les Cafards en traînant du côté d'Enghien et d'Epinay. Mais ça ne collait pas forcément avec tous les membres de R.A.S. Je pense que j'étais beaucoup plus curieux et plus ouvert que certains autres. Je ne pense pas qu'on avait un public si grand que ça. Le concert où il y a eu le plus de monde, c'est celui de la Ferme à Emerainville. Il devait y avoir 200 personnes. On avait un peu l'impression qu'il y avait d'un côté des groupes comme Lucrate Milk et Bérurier Noir qui jouaient dans les squatts et de l'autre des groupes comme R.A.S., L'Infanterie Sauvage qui représentaient une autre scène. On disait du mal des Bérus alors qu'on ne les connaissait même pas. Au concert de la Ferme d'Emerainville, Laurent des Bérus est venu discuter avec moi pendant vingt minutes et m'a dit qu'il aimait bien ce qu'on faisait. Finalement, je respecte ce mec qui est toujours resté fidèle à son truc. Ta. - Je m'entendais bien avec les membres de Wunderbach. Mais on était potes avec très peu de groupes. On n'avait pas du tout l'impression de faire partie d'une mouvance. On a commencé par faire beaucoup de concerts dans des tremplins rock avec tout un tas de groupes de genres musicaux différents. Souvent, il n'y avait pas grand monde. Au début, ça nous déprimait un peu. Tr. - Je ne fréquentais pas vraiment d'autres groupes. Je me souviens qu'on se foutait de la gueule de Bérurier Noir, parce qu'on trouvait qu'ils n'avaient rien de commun avec nous et qu'on aimait pas ce qu'ils faisaient musicalement. J.L. - On est devenus connus dans le milieu. Ça a changé des choses. C'est comme si on se retrouvait avec une obligation de se positionner en tant que groupe et en tant qu'individu. On se met à rencontrer des gens d'autres groupes. Je trouve que ça prenait un côté un peu trop sérieux. En fait, même si on avait des textes engagés, on ne l'était pas du tout dans nos vies. On n'était pas des militants et on n'avait pas particulièrement de culture politique. Taki était le plus impliqué dans le groupe puisqu'il composait et qu'il écrivait des textes. S'il décidait d'écrire sur un sujet, moi je suivais mais je ne crois pas que ça me touchait très profondément. G. - Je connaissais Pat Kebra d'Oberkampf et le groupe Ultraviolet de Courbevoie. On a connu Trotskids et Les Cafards.

R.A.S. ET LE FOOTBALL

Nicolas - Je suis allé très tôt aux matchs au Parc des Princes. J'étais fan de foot bien avant le punk. Il y avait une raya mélangée de supporters acharnés de foot, de fouteurs de merde, de punks et de skins dans la tribune Boulogne mais au début ce n'était pas un repaire de fafs et ce n'était pas du tout organisé comme ça l'est devenu. Taki, Bibi, Trevor et ceux qui aimaient le foot allaient aussi au Parc. Tr. - Le foot, c'est vraiment ce qui a réuni une partie du noyau de R.A.S. ! On jouait ensemble, on faisait aussi des tournois de Subbuteo (un jeu de plateau des années 70 reproduisant des parties de football sur un petit terrain - NDLA), on allait voir les matchs au parc des Princes. J'allais dans la tribune Boulogne. Les skins étaient déjà présents et faisaient parti du décor. Mais d'autres dans le groupe n'y connaissaient rien du tout en football. Une fois, on avait fait un déplacement avec plusieurs membres du groupe pour suivre le P.S.G. en quart de finale de la Coupe des coupes, dans le car des supporters. Il y avait des skins et il y avait eu pas mal de problèmes avec la police belge. J.L. - J'aimais bien le foot mais je n'en étais pas dingue comme d'autres dans le groupe. G. - J'étais dans le foot depuis tout petit. J'allais au parc des Princes avec mon père puis sans lui, dans la tribune d'Auteuil. J'avais la carte de jeune supporter. Et puis un jour, je vais voir un match de championnat et je vois arriver les premiers skins de la tribune Boulogne qui allaient chercher des noises aux supporters de l'équipe adverse. Ça m'a dégoûté et j'ai arrêté d'aller au Parc. X. - J'allais déjà aux matchs au parc des Princes avec mon père quand j'étais gamin. Après, on y allait avec d'autres mecs de la cité... toujours tribune Boulogne. Il y avait Fabian, un skin qui était du même coin de moi. Au début, on y allait vraiment pour le football. Et puis, peu à peu, j'entendais des conversations sur les gradins, sur le nationalisme. Au départ, ça n'était pas méchant. Et puis, j'ai vu la tribune changer. La politique prenait de plus en plus d'importance. Fabian est allé du côté nationaliste.

R.A.S ET LE BLANC COCA

R. - J'ai fait mon service militaire en Allemagne en 1981. Je buvais déjà du rouge lime, un mélange de vin rouge et de limonade mais là-bas, on m'a fait découvrir le blanc Coca. On m'a servi ça au bar d'une espèce de M.J.C. J'ai fait découvrir ça à tout R.A.S. et on a bu ça pendant des années. Aujourd'hui, je ne pourrais plus en boire une goutte. J.L. - S'il y a aujourd'hui encore des gens qui boivent du blanc Coca, c'est de la faute à Rémi ! G. - On buvait ça parce que ce n'était pas cher. C'était sucré, économique et ça bourrait la gueule à une vitesse folle. X. - J'en ai rebu récemment à l'occasion d'un concert de Madness. Je trouve toujours ça bon.

TOLBIAC TOADS

Nicolas - Peut-être que je les ai croisé au Parc des Princes à un match ou en croisant les Swingo Porkies parce que je sais qu'au début ils se connaissaient. Peut-être que eux savaient qui j'étais mais pas moi. De toute façon, très rapidement, pour nous, c'était des fafs. R. - On ne les connaissait pas personnellement. On entendait parler d'eux de manière pas très claire. Ils avaient la réputation d'être très très nationalistes. S'ils n'étaient pas ouvertement fafs, en tout cas, ils traînaient avec des mecs craignos. Ta. - On savait très peu de choses sur eux. On avait entendu leurs morceaux " Skinhead de Berlin " et " Il n'y a plus de Français " et on s'est tout de suite dit qu'on ne pouvait pas avoir d'affinités avec eux, même si ce qu'ils faisaient était musicalement respectable. Il n'y a jamais eu de guerre officielle mais je pense que, de leur côté, ils savaient eux aussi à quoi s'en tenir avec nous. Chacun faisait sa route. G. - Je ne comprenais pas qu'on mêle à ce point des positionnements politiques avec la musique. Ça me semblait plus efficace de faire passer des messages en s'engageant carrément dans la politique.

LES TEXTES ANTI-NATIONALISTES SUR LE 45 TOURS

Nicolas - Tout le monde n'a pas compris que " Couleur de ta mort " était un titre anti-nationaliste parce qu'il y a toujours des gens qui ne lisent pas les paroles ou qui ne font pas vraiment attention. Et on n'a absolument pas percuté qu'avec le refrain qui disait seulement " Bleu blanc rouge " le message n'allait pas forcément être perçu ou pourrait même être perçu à l'envers. R. - Après la sortie du 45 tours, il y avait des gens qui pensaient que R.A.S. était un groupe nationaliste parce qu'ils avaient vu qu'il y avait un titre qui s'appelait " Mort pour la France " et qu'ils avaient entendu le refrain " Bleu blanc rouge " de " Couleur de ta mort ". Je suis tombé des nues. Ta. - Finalement, on était assez paradoxal : Bibi a écrit " Couleur de ta mort " qui dénonce le nationalisme de merde et en même temps " Mort pour la France " pour dire de ne pas oublier ceux qui sont morts pour la Nation. Il avait peut-être un problème à régler avec ça. Et puis c'était peut-être aussi une manière de refuser les amalgames en affichant une imaginerie skinhead. Il pouvait y avoir des gens comme Marsu, le manager de Lucrate Milk et de Bérurier Noir, qui voulaient clairement savoir où on se positionnait. Pour ce qui est du refrain " Bleu blanc rouge ", je crois qu'on a été très naïfs. On n'a jamais pensé que des gens n'entendraient que ça et interpréteraient notre démarche de travers. J.L. - Avec le recul, " Mort pour la France " me semble le texte le plus intéressant du groupe parce qu'on peut passer du temps à discuter du sujet qu'il porte. G. - Je reste persuadé que s'il faut combattre le nationalisme, il y a d'autres moyens plus efficaces que la musique. X. - Je trouve les textes toujours d'actualité en fait. Et par rapport à la moyenne des textes des groupes punk de l'époque, ils sont bien mieux écrits, avec des vrais thèmes.

L'INFANTERIE SAUVAGE

Nicolas - On était programmés dans un même concert et dès qu'ils se sont mis à jouer, Rémi et moi on a pogoté. On a tout de suite accroché. C'était un groupe musicalement beaucoup plus riche que R.A.S., avec un meilleur guitariste. Ensuite, on a discuté ensemble et on les a trouvés très sympas. Et puis, ils avaient un côté décalé. Leur guitariste, Mourad, avait un look bien à lui, qui ne collait pas du tout avec l'imagerie Oi ! du groupe. Et puis Geno était super drôle. R. - C'était un flash réciproque sur ce que chacun faisait. Enfin, on tombait sur un groupe qui était dans le même état d'esprit que nous. Ensuite, on a fait pas mal de concerts en commun et puis on a commencé à se voir en dehors aussi. L'Infanterie Sauvage s'est séparé quelques mois avant nous. C'est dommage, on avait le projet de sortir un album commun. Ta. - Ça a été un vrai coup de foudre réciproque … une vraie rencontre entre des banlieusards de deux coins différents. Ils me faisaient délirer. Souvent, ils sortaient une brosse et ils en passaient un petit coup sur leurs Doc Martens. On avait jamais vu ça ! Le déclencheur pour moi ça a été leur morceau, " Le nouveau septennat ", dans lequel Geno se disait déçu par Mitterrand, à une époque où il représentait encore beaucoup pour plein de gens. On s'est échangé nos numéros de téléphone et on a fait un bout de chemin ensemble. On a essayé de faire le plus de concerts possible ensemble. Tr. - Personnellement, je trouvais que L'Infanterie Sauvage était un meilleur groupe que R.A.S.. Il y avait de meilleurs mélodies. J.L. - Ça a été une belle rencontre et on s'est bien marrés ensemble. G. - J'étais présent au concert où les deux groupes se sont rencontrés. On a accroché humainement et musicalement de manière immédiate. Je préférais L'Infanterie Sauvage à R.A.S., musicalement.

L'ENREGISTREMENT DE L'ALBUM

Nicolas - J'ai préféré l'enregistrement de l'album à celui du 45 tours parce qu'avec les choristes de R.A.S. on était plus dans le même délire. Et puis les mecs de L'Infanterie sauvage étaient venus nous rendre visite. Sinon, je me souviens que Taki savait mieux ce qu'il voulait en matière de son de guitare… quelque chose de proche de Special Duties là aussi. Par contre, j'aurais voulu qu'il ajoute quelques fioritures, quelques arrangements de guitare mais il restait toujours brut. Je crois que c'est mon seul regret, de ne pas m'être investi dans la musique pour faire quelque chose de plus recherché. R. - On a enregistré et mixé en très peu de jours… peut-être deux. C'était la première fois que je mettais les pieds dans un studio d'enregistrement. Lorsqu'on a fait les chœurs, Bob Mathieu qui tenait le studio nous a dit que certains d'entre nous chantait faux. On a procédé par élimination et on s'est aperçu que c'était Gaz et Jean-Louis. Ta. - On a du faire une journée et demi ou deux jours d'enregistrement. Et on a fait une belle nuit blanche pour le mixage. Il y avait un côté usine mais en même temps c'était un beau challenge. Je me souviens qu'à un moment il y a eu une grosse engueulade avec Jean-Louis, sans doute due en partie à la fatigue. On a enregistré " Le Keupon et le Neuski " à la fin. J'avais la gorge explosée et Bob Mathieu en avait marre qu'on multiplie les prises. Sinon, le gamin sur la pochette, c'est un cousin de Bibi. G. - Pendant l'enregistrement, j'ai jeté une clope que je croyais éteinte dans une poubelle. J'ai cru que j'avais foutu le feu au studio. X. - J'étais impressionné par l'expérience de l'enregistrement. Il y avait quelque chose de magique. Et ce qui était vraiment bien, c'est que tout le monde dans le groupe pouvait donner son avis, faire des propositions. On a vraiment tous participé, même ceux qui n'étaient pas musiciens. Par contre, j'ai trouvé ça long. Lorsque ça été le tour du chant et des chœurs, on a bien rigolé. Disons que tout le monde n'était pas forcément très juste.

CHANTER LES TEXTES DES AUTRES

Nicolas - Le seul texte que j'ai écrit seul c'est " Syndrome européen ". Ce sujet me tenait à cœur… arriver à une unité politique et sociale de l'Europe. Je me sentais beaucoup plus anti-américain qu'anti-communiste. J'estimais qu'il nous fallait conserver une identité et que nous devions pas céder ni aux influences économiques des Etats-Unis ni aux volontés expansionnistes de l'U.R.S.S. Sinon, j'ai surtout co-écrit avec Taki. A la fac, on se refilait des idées, par exemple pour " Couleur de ta mort " et " Chasse à l'homme " sur le 45 tours. On discutait pas mal et du coup, on parlait de sujets assez originaux pour un groupe du genre, comme les sectes pour " Sectarisk ". Ce qui est amusant c'est que si je m'étais plus investi, j'aurais sans doute écrit des textes plus à gauche. Je ne sais pas si ce serait passé d'ailleurs. On ne débattait pas des heures sur les textes mais Taki et Bibi qui en écrivaient le plus étaient plus conservateurs que moi. Par exemple, avec mes idées libertaires, je n'aurais jamais écrit un texte comme " France profonde " (qui parle de la manipulation des masses au profit d'une minorité révolutionnaire - NDLA). Il a été écrit par Bibi. Mais sur le moment, je menais une vie trop destroy pour prendre vraiment le temps d'écrire, de me poser, de réfléchir. Ce n'était pas gênant de chanter les textes des autres, même si je ne partageais pas tous les points de vue à 100%. J'étais assez tolérant. Il n'y a rien qui m'a profondément dérangé. Et puis, je ne crois pas que j'analysais beaucoup les choses à l'époque. R. - C'était pas très évident de chanter des textes que je n'avais pas écrit. D'ailleurs, je n'arrêtais pas de me tromper. Dès que j'avais un trou en concert, je passais le micro à un fan qui était devant et qui chantait à ma place. Ta. - J'ai écrit " L'école des fombs " et " Sectarisk " avec Nicolas sur les bancs de la fac. Je poussais Nicolas à écrire ses textes mais il devait avoir un poil dans la main alors je me suis de plus en plus investi dans l'écriture. Par exemple, j'ai écrit " Rejets ", un texte à la fois très général et très personnel. Il s'adresse aux générations précédant la nôtre pour ce qu'il nous ont laissé comme héritage et en même temps ça s'adresse à mon père. Quand Nicolas a écrit " Syndrome européen " tout seul, on est tombé sur le cul et on l'a encore plus poussé à écrire mais je crois qu'il avait un problème de confiance. Il n'y a que Bibi à qui le texte a fait un peu peur au début parce qu'il trouvait l'idée d'une Europe forte une peu douteuse. Mais Nicolas a dû rapidement le rassurer sur le fait que ça n'avait rien à voir de près ou de loin avec l'idée d'une grande Europe à la Hitler. Tr. - J'ai écrit le texte de " Alleluia ". Je n'ai jamais trop aimé les curetons. Il m'est arrivé de passer la basse à Rémi et de chanter ce morceau.

LES GROS FOMBS

Nicolas - C'était un espèce de duo qu'avaient monté Rémi et Gaz pour délirer. Ils écrivaient les textes les plus crétins possible et ça tournait à l'obsession ! Ils chantaient à la fin des répétitions de R.A.S., dès qu'on était en voiture, partout. Ils avaient une chanson dont le titre était mon nom russifié. A force, ça devenait vraiment relou. R. - Avec Gaz, on aimait bien se fendre la gueule. On voulait d'abord faire un fanzine qui devait s'appeler " Au joyeux neuski " (" Au joyeux skin " en verlan - NDLA). On a fait une fausse interview des 4 Skins et trois chroniques de disques et puis on a dû s'arrêter là. Ce qu'il manquait en France, c'était le côté fun qu'on pouvait trouver chez les Anglais avec Splodge, Toy Dolls. Alors on a formé Les Gros Fombs, un groupe avec Gaz et moi au chant. ON a fait quelques vraies répétitions avec Taki à la basse, Arno et Geno de L'Infanterie Sauvage à la guitare et à la batterie. On avait quelques morceaux dont " Locataire pomme de terre " qui était une valse, " Nikolski Pignolov " sur un air russe traditionnel, une première mouture de " BZH " et " Nanterre " qui sont devenus des morceaux de Kromozom 4. Ta. - Au départ, les Gros Fombs était un délire de Rémi et Gaz et puis finalement ça a abouti à la genèse de Kromozom 4. On voulait même faire des 45 tours des deux groupes … un groupe skin rigolo et un groupe hardcore délirant. G. - Les Gros Fombs, c'est né un soir de beuverie avec Rémi. On avait des guitares acoustiques et on a commencé à parodier des morceaux de R.A.S.. Le lendemain, on a réécouté la cassette et ça nous a bien fait marrer. On a répété quelques fois, mais ça ne marchait que si on était bourrés. Il est arrivé qu'on boive en vue de répéter, et puis finalement, on n'a pas répété.

LE REMPLACEMENT DE NICOLAS PAR REMI

Nicolas - Très honnêtement, je ne m'en souviens pas vraiment. Je sais que j'ai eu plusieurs fois des embrouilles avec Porkies, un skin, parce que j'étais chanteur de R.A.S. Je ne me souviens pas que les autres membres du groupe m'aient demandé de partir parce qu'ils me trouvaient trop destroy mais c'est tout à fait possible. Une fois, après avoir quitté le groupe, je suis allé seul à un concert, il y avait plein de skins. J'étais défoncé sous trips et je me suis mis devant eux en position de skinhead, bras croisés, pour me foutre de leurs gueules. Je me suis fait éclater. Je n'ai pas regretté de ne plus faire partie du groupe, je suis passé à autre chose. Effectivement, on n'était pas dans le même délire et j'en ai eu marre des embrouilles. Et puis, je me suis mis à écouter d'autres choses, à traîner avec d'autres gens. R. - C'est après le concert à la Fête de l'Huma que les reproches envers Nicolas ont commencé. On lui a reproché d'être trop raide sur scène. Taki a proposé un vote à main levé pour savoir si on le gardait ou pas. C'était une ambiance un peu malsaine. Je ne pense pas que Nicolas a vécu cela très bien. Moi non plus d'ailleurs parce que franchement je devais picoler autant que lui. Ils m'ont demandé de le remplacer ; je me suis retrouvé dans une position très mal à l'aise. Je suis quand même resté pour prendre la suite. Ta. - Pour moi, Nicolas ne s'investissait pas assez dans le groupe. Il n'écrivait pas assez, il manquait de plus en plus de sérieux pour apprendre ses textes, il a loupé quelques répètes. Il était ailleurs et ça devenait difficilement gérable. Rémi nous a semblé parfait pour remplacer Nicolas ; il était motivé. Tr. - Il y avait pas mal de répétitions où Nicolas ne venait pas. Et puis, il y avait plus de liens avec l'ensemble du groupe et Rémi qu'avec Nicolas. C'était quelqu'un de plus difficile à aborder que Rémi, qui est le genre de type à qui tu pouvais taper dans le dos dès le premier soir, comme si tu l'avais toujours connu. En fait, cela s'est fait naturellement, Rémi se faisant de plus en plus présent alors que l'on voyait de moins en moins Nicolas. J.L. - Humainement, ça se passait bien avec Nicolas, même s'il avait parfois des crises. Mais pour moi, c'est sa voix qui ne passait pas. Je pense que Rémi avait plus la carrure pour être le chanteur du groupe et qu'il avait une autre présence. G. - C'est arrivé pendant que j'étais à l'armée. C'était étrange cette sensation que des choses importantes se passaient et que je les manquais. X. - Ce n'est pas un épisode très amusant du groupe. Je préfère ne pas trop m'étaler là-dessus.

LE CONCERT DE LA FERME D'EMERAINVILLE

Nicolas - Je n'ai jamais vu de concert avec Rémi au chant. On ne m'a jamais invité. Des potes m'ont raconté le concert de la Ferme à Emerainville. R. - C'est ce concert qui a été révélateur de ce que pensaient les skins nationalistes et fachos de nous. Il devait y avoir 200 personnes et une vingtaine de skins agglutinés devant la scène en train de faire des saluts nazis. Ce sont les morceaux " L.V.F. " et " Le gosse et le para " qui nous attiré les foudres. A l'époque, pas mal de mecs s'engageaient dans l'armée pour aller se battre au Tchad et on trouvait ça débile. Avant de monter sur scène, c'était déjà tendu, on sentait qu'il y avait des clans. Une fois sur scène, un skin que j'avais connu quand il était encore punk déplie un drapeau français et Batskin et quelques autres se mettent à faire des saluts nazis. Je leur répond entre les morceaux, ce qui continue d'alimenter leur haine. Certains skins voulaient monter sur scène, il y en a un qui s'est pris un coup de latte. On s'est arrêté de jouer et on s'est armé des pieds de micro. Mourad de L'Infanterie Sauvage est monté nous rejoindre sur scène, fermement décidé à en découdre. Il a du y avoir une vingtaine de minutes de flottement et puis ils sont partis en disant qu'on entendrait parler d'eux. Je n'ai pas vraiment eu le temps d'avoir peur, tout s'est passé très vite. Un skin m'a crié que je m'étais fait braquer par Porkies : il ne savait pas que je n'étais pas Nicolas. J'assumais ce que je chantais et si Nicolas avait été au chant à ce concert, je l'aurais défendu de la même façon. Ta. - C'est avec " L.V.F. " que les vrais ennuis ont commencé. Moi je ne supportais pas que des skins avec l'écusson bleu blanc rouge sur le bras, se prétendant bons Français, fassent des saluts nazis. S'ils le font c'est qu'ils auraient été des collabos sous le régime de Vichy. Il m'est arrivé de parler de tout ça avec des skins qui se disaient nationalistes. Tant que ce n'étaient pas des nazis, on pouvait au moins discuter de nos différents. Je n'étais pas du tout d'accord avec eux mais ça ne dépassait pas mon seuil de tolérance. On avait entendu dire que des skins viendraient au concert peut-être pour en découdre, du coup ça rendait déjà l'atmosphère pesante avant même de jouer. Il y avait Batskin et Sniff dans le tas. Le chanteur de Tolbiac Toads était présent mais il n'a pas participé à la démonstration de force des autres skins, quand ils ont déployé leur drapeau français en nous insultant. Du coup, il n'y a eu aucune parole virulente de mon côté ou du sien. Je lui ai juste dit : " regarde ce que font tes amis ". C'est la seule fois où je l'ai vu. Sinon, il n'y a pas eu vraiment de baston et je ne me souviens pas avoir flippé. Il y avait même Loran, le guitariste de Bérurier Noir, qui appréciait visiblement R.A.S. et qui empêchait quelques skins de faire des saluts nazis. Il m'a impressionné. Tr. - Je crois que le mot circulait que " L.V.F. " n'avait pas plu à pas mal de skins. C'était très tendu. Rémi et d'autres membres du groupe se sont emparés des pieds de micro, près à en découdre avec les skins qui faisaient des saluts nazis. Mourad, le guitariste de L'Infanterie Sauvage, est monté sur scène pour nous soutenir, et a dit aux skins : " Venez, montez, on vous attend ! ". Sur le moment, je n'ai pas eu peur. Les choses se précipitent et tu es dans le truc. Mais avec le recul... J.L. - Les ennuis commencent quand on sort l'album. On commence à être connu dans le milieu et nos positions politiques commencent à être connues. Ce qui s'est passé à la Ferme était totalement inattendu pour moi. Le bruit courait que nos textes ne plaisaient pas à beaucoup de skins et là on les retrouve en face de nous. En nombre et en muscle, ils étaient supérieurs à nous. Ils auraient pu nous éclater la gueule mais ils ne l'ont pas fait. Avant qu'on monte sur scène, j'ai discuté avec des mecs que je connaissais et qui étaient respectés. Du coup, je crois que c'est un peu comme si il leur avait été signifié qu'on était intouchables. G. - Les problèmes politiques ont commencé pendant que j'étais parti faire mon service militaire. Finalement, je suis content d'avoir loupé certains événements du fait que j'étais retenu en Allemagne pour ça. Peu à peu, c'est un groupe et une scène avec des visages différents qui ont émergé. J'avais du mal à voir comment j'allais retrouver ma place à mon retour. X. - On savait que la sortie de l'album avait fait parler. Avec la photo de la pochette, le gamin qui fait un bras d'honneur devant les sigles nazis et communistes, plein de gens se posaient des questions sur le groupe. Même mon oncle s'était fâché lorsqu'il a vu la pochette. Dans ma famille, tout le monde était communiste. A ce concert, il y avait du monde. Des skins sont venus en masse, ont déployé un énorme drapeau français, ont fait quelques saluts nazis. Ce qui est drôle, c'est qu'au lieu de rentrer en force au concert, ils ont tous payé leurs places. Finalement, avec le recul, il y a eu un peu de peur, beaucoup de mise en scène, mais ça n'a pas été si méchant que ça.

LE CONCERT DE MORSANG-SUR-ORGE

R. - Peu de temps après le concert de la Ferme, on joue avec L'Infanterie Sauvage dans un gymnase de Morsang-Sur-Orge où Mourad avait fait du judo. Nous on a du jouer moins d'une demi-heure. Quand on a commencé " L.V.F. ", il y a eu des jets de lacrymo, quelques coups de poing distribués et une dent qui saute. Cette fois-ci, il y avait Fabian, Gros Dom et quelques autres. Par contre, il n'y avait pas tous ceux qui étaient présents à la Ferme. Pour eux, comme on avait des textes anti-nationalistes, on était des rouges. Un pote de L'Infanterie Sauvage avait amené un fusil à pompe dans sa bagnole. Ça commençait vraiment à prendre des proportions. En fait, comme Fabian avait déjà croisé Xavier parce qu'ils venaient tous les deux de Meudon et que moi j'avais déjà croisé Gros Dom à Enghien, ça s'est arrêté assez rapidement et ils se sont barrés. Il ne fallait pas grand chose en fait. Ta. - Là, j'ai quand même un peu flippé. Ça s'est passé très vite : les mecs sont arrivés, ils ont mis un coup de lacrymo, distribué quelques claques et puis ils sont repartis. J.L. - On se retrouvait malgré nous à symboliser l'anti-fascisme à nous seuls. On entend dire que des mecs ont des armes dans leurs voitures. Ça sentait la fin. Si on ne s'amuse plus, où est l'intérêt ? X. - A ce concert-là, c'était chaud bouillant ! Il y avait des skins au fond de la salle. J'ai reconnu Fabian que je connaissais donc depuis tout gamin, parce qu'on venait de la même cité. Quand le groupe a joué " L.V.F. ", ils sont intervenus... gaz lacrymo, baston. Moi, je n'ai pris aucun coup et je me suis interposé pour séparer mes potes et la bande à Fabian. Le fait qu'on se connaissait depuis tout gamin a limité la casse.

LE CONCERT DE MASSY

R. - C'était le premier manager de Heimat Los qui avait organisé ce concert et il avait loué les services d'une boîte de sécurité pour assurer le service d'ordre. Il a bien fait parce qu'il y a une ou deux personnes qui s'étaient pointés au concert avec un flingue. Ta. - Le concert est un très bon souvenir. Comme Mourad n'était pas là j'ai également assuré la basse dans L'Infanterie Sauvage. Il y a eu un moment drôle où Rémi, en levant le bras un peu trop énergiquement, est passé au travers d'un faux plafond. On a joué deux nouveaux morceaux. " Jeunesse de la honte " est un morceau que j'ai écrit. Ça parle des jeunes qui vieillissent avant l'âge. A l'époque, on commençait à moins s'entendre avec Bibi, qui n'avait d'ailleurs plus trop le temps de nous manager, et le morceau lui était secrètement destiné. C'était un peu méchant. " Paradisiak " est un morceau qui parle de l'hôpital psychiatrique. J'ai appris après coup qu'il y avait eu des embrouilles dehors. Xavier s'est fait embrouiller par Kouskous, je crois. J.L. - A partir du moment où il faut un service d'ordre professionnel pour surveiller que tout se passe bien à nos concerts, ça ne m'intéresse plus ! G. - Je n'ai vu aucun des trois concerts où les choses se sont mal passés, et je n'ai jamais vu Rémi en tant que chanteur. Je suis rentré du service militaire en avril 1984... après la bataille. Franchement, si j'avais été là durant toute cette période, j'aurais peut-être arrêté de faire partie du groupe. Ces histoires de politiques me gâchaient mon plaisir. Ce n'est absolument pas ce que je recherchais là-dedans. Et puis, ça faisait un peu peur. Moi, je n'allais pas au concert pour me prendre une claque ou un pruneau ! X. - Pierrot Kouskous avait un flingue qui a du lui être confisqué par le service d'ordre assez conséquent à ce concert. Il y a eu une embrouille pour un t-shirt, mais ça s'est plutôt bien passé à l'intérieur de la salle.

LA FIN DE R.A.S.

R. - On avait formé un groupe pour s'amuser et on en arrivait à une situation trop violente. Ça devenait trop sérieux. Il y a toujours eu des bastons dans ce milieu mais en arriver à ce stade ! On était pas prêts à perdre notre vie pour ça. Et puis, il y a eu une embrouille entre Taki et Jean-Louis autour d'une fille. Ça s'est arrêté comme ça à la fin de l'été 1984. Le groupe était le truc commun qui nous liait. C'est vrai qu'après, le liant n'était plus là et les gens se sont fréquentés par petits groupes suivant leurs affinités. Ta. - C'est une histoire de fille entre Jean-Louis et moi qui a mis le feu aux poudres mais je pense que le processus de dissolution du groupe était déjà lancé. Bibi n'avait plus le temps de s'occuper de nous et ça m'avait un peu miné. Jean-Louis en avait marre des embrouilles. On entendait dire des choses folles … comme quoi chaque personne qui portait un badge de R.A.S. allait se faire éclater. Ça devenait une responsabilité trop lourde. Si on avait continué, je pense que j'aurais eu du mal à m'arrêter d'écrire des textes contre les skins fachos mais en même temps j'avais conscience qu'on était un peu en danger. Curieusement, c'est Trevor qui a le plus regretté que le groupe s'arrête. Il a essayé de sauver le groupe mais il n'a pas pu. Je ne sais pas ce qu'aurait été le groupe si on avait continué. Moi j'aimais beaucoup l'évolution de Red Alert, une espèce de punk rock avec beaucoup de mélodies. Je me rendais compte que j'étais un peu limité techniquement et qu'il fallait que j'aille au-delà. Alors j'aurais sans doute eu envie de progresser pour faire quelque chose de plus fouillé. Je pense d'ailleurs que tout le monde avait la volonté de progresser et de faire quelque chose de plus joli musicalement. En même temps, je ne sais pas si on aurait eu suffisamment de volonté. Tr - Le groupe ne s'est pas séparé à cause des embrouilles avec les skins d'extrême-droite. Mais sachant que tout ça aurait pu très mal finir et que l'issue aurait pu totalement nous échapper, la fin du groupe a été un moyen de sortir de tout ça. De toute façon, si le groupe était resté dans le trip skin, certains membres l'auraient quitté. Moi, en tout cas. Ou alors le groupe aurait laissé ce trip là pour faire quelque chose de différent, et d'autres membres du groupe n'auraient pas été intéressés et seraient partis. J.L. - On est rentré dans un truc qui nous a dépassé. On peut dire que l'histoire entre Taki et moi a tout simplement précipité la séparation du groupe. Avec le recul, il fallait quelque chose du genre pour que tout s'arrête. X. - Il y a eu un ras-le-bol de cette situation tendue durant les concerts. Et chacun a eu envie de faire autre chose.

APRES R.A.S.

Nicolas - J'ai peu à peu abandonné le look skin, en adoptant d'abord un look plutôt herbert puis plutôt psycho. Je traînais avec des mods, j'ai recommencé à voir mes vieux potes punks. Je n'avais pas envie d'être assimilé à un facho. En même temps, c'est vrai que je voyais Geno et d'autres mecs louches après la séparation de L'Infanterie Sauvage parce que c'était des gens droits mais je n'ai jamais adhéré aux idées fascistes. Geno et les autres membres du groupe se sont éloignés de manière naturelle lorsqu'il est devenu faf. Mais pour moi, il restait un ami au-delà de ces considérations. De toute façon, Geno n'était pas très logique ; il acceptait mes potes punks et il s'entendait toujours bien avec Ragna, ma copine noire. Et puis, j'ai déconné. J'ai commencé par fumer de l'herbe puis à prendre des trips avant de plonger dans l'héroïne. Je bossais en même temps. J'arrivais à assurer mais j'étais à côté de la plaque. Ensuite, je suis parti vivre en Asie. J'ai décroché de l'héroïne et je suis rentré en France. Aujourd'hui, je suis machiniste dans le théâtre. R. - Avec Xavier, on a formé les Droogies, un groupe entre Oi ! et influences garage sixties, mais ce n'était pas très sérieux. Comme le trip skinhead nous gonflait de plus en plus à cause des cons qui se multipliaient dans le milieu, on est parti dans le trip psychobilly et garage. Là, on s'est libérés ! Ensuite, je suis parti vivre à Angers où j'ai ouvert un bar puis dans le sud où j'ai monté une boutique de disques. J'ai vécu dix ans de ma passion avant de prendre un boulot plus conventionnel. J'ai monté P38 qui était un groupe plutôt oi ! avec des influences hardcore. On a enregistré " Jeunesse de la honte ", un titre de R.A.S. qui n'avait jamais été fait en studio. On l'a mis sur " Hommage à R.A.S. " un album de reprises avec des groupes français, américains, anglais, canadiens … Plus récemment, j'ai monté un autre groupe, plutôt pour se marrer, S.B.F.C., les Sales Bâtards Fucking Crew. Ta. - J'avais déjà formé Kromozom 4 en parallèle depuis quelques temps et après la fin de R.A.S., j'avais vraiment envie de faire quelque chose de plus léger. Ça s'est traduit par plus de bruit, avec des paroles qui n'engagent à rien, histoire de fermer une page. J'ai arrêté quand ma passion pour la comédie a pris le dessus. Aujourd'hui, je fais principalement du doublage de films. Tr. - R.A.S., c'était le moyen de se retrouver tous ensemble. Après la séparation, le groupe s'est éclaté en petits groupes, et on ne s'est pas trop revus. Je travaille dans une boîte d'informatique. J.L. - Après la séparation du groupe, j'ai complètement décroché du trip. Pour moi c'était un amusement avant tout. Si je ne prends plus de plaisir, je me casse. La vie continue. A la fin, je m'emmerdais un peu musicalement de toute façon. J'aurais bien voulu qu'on fasse quelque chose de plus fouillé, de moins primaire … pourquoi pas avec des cuivres, une seconde guitare. J'ai pris des cours de batterie pour pouvoir jouer autre chose. Ça m'a d'ailleurs confirmé que je n'étais pas spécialement doué. J'ai travaillé dans une grande entreprise avant finalement de démissionner pour me consacrer à ma passion, la comédie. Je fais essentiellement du théâtre. G. - J'ai été un peu loin de tout du fait de mon service militaire. Du coup, j'ai juste pris acte de la fin du groupe. Et puis, comme Taki et moi avions envie de faire autre chose ensemble, Kromozom 4 s'est imposé rapidement. Et comme je me lasse assez vite des choses, j'ai lâché le look skinhead. En plus, ça véhiculait de plus en plus une mauvaise image. X. - Rémi et moi voulions faire un groupe avec des influences psycho, les Droogies. Mais on a juste fait un morceau, une reprise en plus... " Da Doo Ron Ron " des Crystals. Bon d'accord, un seul titre, mais par contre, on en a fait une très bonne reprise. Et puis, je ne sais même pas pourquoi, on a eu une rivalité avec Kromozom 4, le groupe formé par Gaz et Taki... vraiment des conneries.

CE QU'IL EN RESTE

Nicolas - C'était une manière de s'affirmer. Je pense que mes idées aujourd'hui ne sont pas si éloignées de ce que je pensais à l'époque. Mais les choses se traduisent différemment. A ce moment-là, c'était de l'énergie qui se déployait. Et avec les années, on apprend de plus en plus de choses. Je crois que j'ai conservé une certaine attitude générale face à la vie. Pas le look par contre (Nicolas a les cheveux longs attachés lors de l'interview - NDLA). Et puis, j'ai passé de bons moments, rencontré des gens vraiment bien. Musicalement, je n'ai jamais retrouvé quelque chose qui me fasse la même étincelle. Mais j'écoute de la soul, du rap, quelques groupes de rock d'aujourd'hui. Quand je vois un punk aujourd'hui quelque part ça me fait plaisir. Par contre, quand je vois un skin, je me méfie … les skins c'est des paranos. Mais je crois que c'est beaucoup plus difficile aujourd'hui d'être politiquement incorrect … et épuisant aussi. Il faut savoir accepter son âge. R. - c'est un super souvenir, surtout le fait d'être monté sur scène et d'avoir eu un contact avec un public. Ne plus monter sur scène m'a manqué pendant un moment. C'est une expérience importante de ma vie. Le punk est une aventure qui te dit que tu peux faire les choses. Et finalement, être bon musicien n'est pas très important. Ce qui compte c'est l'âme que tu y mets. Ta. - Je n'ai jamais eu l'ambition d'être un grand musicien, juste celle de m'éclater en faisant mon truc. Quand j'ai vu que ça plaisait à des gens, j'étais sidéré. Et c'était là tout l'intérêt du punk, ne pas faire des castes où celui qui n'est pas assez bon techniquement n'aurait pas le droit de monter sur une scène. On m'avait dit que je n'étais pas bon techniquement. Et alors ? Cette expérience m'a montré que si on veut faire des choses, on peut les faire. Il n'y a pas forcément de cadre strict. Il ne faut pas pénaliser les gens en leur disant qu'ils n'ont pas le niveau. Ils feront les choses comme ils les sentent, avec leur niveau. Ce que les gens aimaient, je crois que c'est ce qu'on dégageait. Et pour moi ça a été une leçon pour toute ma vie. Tr. - En termes d'expérience personnelle, je trouve que ce sont de belles années pour finir une adolescence. On s'est vraiment bien marrés. J.L. - Ça a été de l'amusement et des rencontres. Je retiens surtout de tout ça une formidable énergie et une aventure humaine. Sinon, j'ai appris le rythme, à créer ensemble, à jouer en groupe et ce qu'était un studio d'enregistrement. On n'avait pas d'autre ambition que de se faire plaisir. Je n'ai aucune nostalgie. Quelque part, ça nous a formé et ça doit nous aider encore aujourd'hui. X. - En tout cas, je ne regrette absolument rien. Je referais tout de la même manière. Ça a été une partie de ma vie.

LES MEILLEURS SOUVENIRS

Nicolas - Les premiers temps avec Taki, les délires avec Rémi, la rencontre avec l'Infanterie Sauvage, les concerts à la Fête de l'Huma et à Dunkerque. Ta. - A Dunkerque, on devait être hébergés par des potes des organisateurs. Mais finalement, après avoir bu des verres, on s'est retrouvés, sur le carreau. Moi, j'ai dormi avec Geno qui, lorsqu'il avait bu, ronflait et parlait dans son sommeil. J'en ris encore ! Tr. - Dunkerque c'était mémorable ! D'ailleurs, on n'a même pas joué dans la ville mais dans un bled à côté, Coudekerque. Ça commence avec la location d'un véhicule d'accompagnement de corbillard pour faire le trajet. Dès qu'il y avait la moindre côte, l'estafette finissait en haut à 50 à l'heure. Jean-Louis et moi, on a dormi sur la plage, dans les dunes. Vers 6 heures du matin, une vielle dame qui promenait son chien nous a réveillé en disant : " je croyais que vous étiez morts ". A chaque fois qu'on en reparle avec Jean-Louis, on se marre toujours autant, et ma femme n'en peut plus d'entendre cette anecdote. J.L. - On s'est retrouvé à dormir sur la plage, en s'enfonçant dans le sable tellement on avait froid. Malgré tout, ça reste un de mes meilleurs souvenirs ! G. - Je garde de très bons souvenirs des toutes premières répétitions du groupe. Et puis, lorsqu'on est allé chercher les exemplaires de l'album qui venait d'être pressé... c'était magique. X. - A Dunkerque, on n'a pas joué devant beaucoup de monde et on n'a pas été hébergés, mais ça reste un super souvenir. Moi, j'ai dormi dans une cage d'escalier, avec un vent glacé.

LES MOINS BONS SOUVENIRS

Nicolas - Les embrouilles avec les skins, le fait que je me sois un peu éloigné de mes potes punks pendant que j'étais dans R.A.S. m'a embêté parce que j'avais une grande affection pour eux… et puis la mort de Geno. R. - On s'entendait tellement bien avec Geno qu'on ne captait pas sa dérive. Après la fin des deux groupes, je ne l'ai pas revu. On m'a raconté qu'il avait rencontré Ian Stuart de Skrewdriver, qu'il s'était fait tatouer sur le visage, qu'il avait changé de fréquentations. Quand j'ai appris sa mort ça m'a fait de la peine. C'est un gâchis parce que c'est un mec qui avait beaucoup de valeur et de personnalité. Ta. - Je me souviens avoir senti que Geno commençait à dériver mais je crois qu'on arrivait pas à se parler. Si la dérive avait commencé à l'époque de L'Infanterie Sauvage, je n'ai pas voulu la voir et j'ai eu tort. Le plus grand gâchis c'est que lorsqu'il avait enfin retrouvé ses esprits et qu'il voulait sortir de ses mauvaises influences, il s'est noyé à ce moment-là. Le fait qu'il ait voulu revoir les anciens de L'Infanterie Sauvage c'était un signe qu'il avait fait marche arrière. Pour moi, Geno restera l'incarnation de la Oi ! en France et bien plus que ça aussi. Sa mort marque une page entière de ma vie qui s'est fermée. Tr - Toutes ces histoires de violence faisaient qu'on ne pouvait plus faire un concert tranquilles en se focalisant sur la musique. On était à l'affût d'un truc qu'on n'allait pas maîtriser. C'était très pénible. J.L. - Geno, c'est l'histoire d'un mec tout maigre, pas vraiment blond aux yeux bleus, qui n'a jamais été un méchant et qui cherche un truc pour s'affirmer, s'invente un autre " moi " et puis il le paye cher. C'est vraiment dommage. C'est du gâchis ! Bien sûr, sa dérive avait commencé depuis un moment mais Geno était tellement sympa qu'on a vu ses contradictions comme faisant partie de son folklore. Sa mort m'a fait mal. G. - Toutes ces embrouilles politiques qui ont pourri les choses et précipité la fin du groupe ! Et puis, la mort de Geno m'a beaucoup affectée. J'avais une vraie affection pour ce mec-là, qui était drôle et avait le sens de l'amitié. C'était un peu un gamin perdu. Les gosses, pour se faire remarquer, ça fait des conneries. Et Geno était quelqu'un qui pouvait se laisser entraîner facilement. Finalement, je ne sais pas pourquoi, mais sa mort avait quelque chose d'un peu inévitable. Je serais tenté de dire que sa dérive aurait pu être stoppée avant, avec un peu plus de vigilance. Mais c'est un peu facile pour moi de dire ça, parce que je n'y ai pas assisté, toujours du fait que j'étais absent du fait de mon service militaire. On m'a tout raconté à mon retour. X. - A la fin, il y a eu quelques tensions, mais ça n'a finalement pas grande importance.

R.A.S. GROUPE CULTE

Nicolas - Je n'avais aucune idée que R.A.S. était devenu un groupe culte et ça me fait halluciner.

R. - Ça me fait marrer que des gens soient prêts à mettre plus de cent euros pour acheter les disques de R.A.S. Je suis persuadé que le groupe intéresse plus de gens aujourd'hui qu'à l'époque. J'ai même vu une petite annonce d'un groupe américain qui citait R.A.S. parmi ses influences. Ta. - Je suis tombé cul quand j'ai appris à combien nos disques se vendaient aujourd'hui. On n'a pas conscience de ce qu'on peut réveiller chez les gens. C'est un peu fou ! Ça me fait prendre conscience de notre responsabilité puisque ce qu'on a fait reste. Aujourd'hui, je trouve ça bien que des jeunes montent des groupes mais il faut qu'ils fassent leur truc à eux, pas qu'ils nous prennent comme modèle. G. - C'est bizarre de l'apprendre. Pour moi, c'était juste de l'amusement. Mais je suis content de voir que ça intéresse encore des gens aujourd'hui, qu'on a écrit un petit bout d'histoire quelque part pour quelqu'un. X. - Quand je débarque dans un concert ou un bar rock, ça arrive souvent que quelqu'un me désigne en disant à d'autres gens que j'étais dans R.A.S.. Du coup, tout le monde se retourne. Je crois que R.A.S. n'était pas un gros groupe, mais il y a une trace qui a été laissée.

Interviews réalisées par Philippe Roizès.