REFORMATION DE R.A.S.!

"Les concerts de la reformation de R.A.S. (environ un par mois) sont annoncés sur la page Facebook R.A.S. officiel"

A l'origine, un texte couvrant la période 1982-83 devait figurer dans la réédition du 45 tours. Suite à un oubli, les premiers acheteurs du 45 tours n'ont pas eu cet insert qu'ils peuvent désormais télécharger et imprimer ici. Et encore désolé pour cette erreur de notre part.

        Dans le paysage punk/oi ! français, R.A.S. fut une météorite ! Moins de deux ans d'existence, peu de concerts, mais le groupe a laissé une trace indélébile dans bien des mémoires. Et pour cause ! A une époque où skinhead n'est pas encore forcément synonyme d'extrême-droite, R.A.S. se forme fin 1982 entre les villes de Bois-Colombes et d'Asnières, en banlieue parisienne, dans un esprit skunk, mix de culture punk et skin. La cohabitation parfaite entre Special Duties et Red Alert ! La pochette du 45 tours, rapidement dans les bacs, incarne d'ailleurs cet état d'esprit. Et, tandis que les écussons tricolores commencent à fleurir sur les bombers de pas mal de skins, le groupe montre clairement ses idées anti-nationalistes... portées justement par un skinhead au chant. R.A.S. a toujours eu le goût des paradoxes. Avec la sortie du 33 tours, "84", leur public s'étoffe, mais crée la polémique. Plusieurs de leurs textes entraînent des discussions sans fin dans le microcosme. Certains punks se méfient d'un groupe au look de plus en plus skinhead, tandis que les autonomes, voyous politisés des squats parisiens, leur reprochent le rejet de l'idéologie communiste, et que de nombreux skins ne supportent pas leur rejet du nationalisme. Face à une tendance montante à se prétendre fier d'être français tout en étant nostalgique du IIIème Reich, on doit à R.A.S. d'avoir acculé la mouvance skinhead à faire des choix clairs... finies la confusion et les contradictions, une seule question : facho ou pas, un point c'est tout ! Le groupe le paiera cher, ses concerts devenant le théâtre de démonstrations de force de la part d'une poignée de skins déployant drapeaux français et saluts nazis, puis battes de base ball et gazeuses de lacrymo. R.A.S était pourtant un groupe composé de grands déconneurs, ne se prenant pas trop au sérieux et aimant les délires et la rigolade. Mais, devant une violence montante, le groupe finit par se séparer durant l'été 1984. Certes, le futur a démontré que l'empreinte d'extrême-droite a fini par déteindre sur la quasi-totalité de la mouvance skinhead française à partir de 1984. Mais R.A.S. a au moins le mérite d'avoir souligné des contradictions et forcé les hypocrites à choisir leur camp. 25 ans plus tard, la réédition officielle de la discographie de R.A.S. conserve tout son sens.

PREMIER CONTACT AVEC LE PUNK

Nicolas - Il y avait un mec au bahut qui écoutait Damned, Ruts... ça devait être en 1978. Ensuite, le premier disque punk que j'ai acheté c'était le premier album de Clash. A l'époque, mon grand frère était plutôt hippie et moi je n'accrochais pas du tout. Il devait écouter les Rolling Stones et Led Zeppelin. Je préférais les trucs plus directs, comme le rockabilly, même si je trouvais qu'il y avait un côté comique, et puis j'ai du tomber sur Stooges et MC5. Dans le punk, j'aimais la musique mais aussi l'attitude, quelque chose qui tranchait avec le climat ambiant. J'ai découvert Métal Urbain et Guilty Razors mais je préférais les groupes anglais qui avaient un son plus brut.

Rémi - J'ai entendu "God Save The Queen" des Sex Pistols à la radio l'été 1977 en vacances en camp d'ados. J'ai pris une grosse claque. Avant ça, la musique la plus violente que j'écoutais c'était du heavy rock, comme Alice Cooper. Progressivement, je me suis mis au punk rock.

Taki - Pour moi, la révélation ça a été quand mon pote Bibi m'a prêté l'album des Sex Pistols. Ça devait être en 1979 et ça a été un vrai choc ! Il y a eu chez moi une vraie réaction physique à un impact musical. Avant, j'écoutais des groupes comme Kiss et Status Quo. J'écoutais la radio donc il devait y avoir à boire et à manger.

Trevor - C'est Taki et Philippe (Bibi - NDLA) qui m'ont fait découvrir l'album des Sex Pistols en 1979. Avant ça, j'écoutais des bons groupes comme The Who ou de moins bons comme Supertramp.

Jean-Louis - J'ai vu un truc à la télé sur les Sex Pistols. Ça devait être en 1979 ou 1980, j'étais avec ma grand-mère. Mais ça n'a provoqué chez moi aucun déclic. A l'époque, j'écoutais surtout les Rolling Stones. C'est plus tard que Taki, qui était en classe au lycée avec moi, m'a fait écouter des disques. J'ai bien flashé sur la vague ska. J'ai même été au fan club de Madness.

Gaz - Avec un pote, Alcino, on a découvert l'album des Pistols en 1979. J'avais grandi en écoutant du rock'n'roll et du rockabilly. Là, j'étais bouleversé, tant par la musique, l'esprit que la provocation qui m'excitait beaucoup.

Xavier - J'avais des potes dans la cité où j'ai grandi qui écoutaient déjà du punk rock. A 16 ans, j'ai écouté, la musique et le look m'ont plu et j'ai suivi.

( 1983 - Le remplacement de Nicolas par Rémi - Trevor, Taki, Gaz, Rémi, Jean-Louis. Archives R.A.S. )

LE LOOK

Nicolas - J'ai tout de suite eu un look ! Et je me sentais vraiment à l'écart des autres. Au bahut, il y avait quelques mecs au look rocker et ça passait à peu près. Mais avec le look punk, c'était un cran de plus. Je passais pour un mec bizarre auprès des autres de mon âge. A l'époque, il y avait peu de presse musicale alors on ne voyait pas trop de punks. En plus, j'avais un look assez extravagant … des t-shirts que je me faisais moi-même, des vêtements noirs avec des zips, des jeans déchirés avec des épingles à nourrice. Je ne me suis pas senti isolé trop longtemps parce j'ai croisé d'autres gens comme moi, comme Laurent (qui a joué successivement dans Smegmatics, Hoax et Treponem Pal dans les années 80 et 90 - NDLA). A partir du moment où on est plusieurs, les activités favorites c'est de se traîner dans la rue, de s'incruster dans des fêtes et de s'en faire virer si on était trop turbulents, de se faire courser par des rockers et puis par des Arabes parce qu'ils ne comprenaient pas ce qu'on représentait.

Rémi - J'ai commencé à écrire des trucs sur des chemises, à me servir de bombes de peinture. Le look 77 devait être personnel et créatif.

Taki - Je n'ai jamais eu de look extravagant. Très rapidement, j'ai eu une casquette, un Harrington et des Doc Martens.

Trevor - Je n'ai jamais eu de look. Au sein de R.A.S., ça s'est limité à une paire de Doc Martens basses et des polos Fred Perry.

Jean-Louis - Je n'ai jamais vraiment eu de look punk.

Gaz - J'avais un besoin de m'identifier très fort. Du coup, j'ai eu très vite plein de looks punk différents.

Xavier - Au début, le look c'était juste une veste de costard, un jeans troué, une paire de baskets pourries, quelques épingles à nourrice et les cheveux en l'air.

 

LE MILIEU SOCIAL

Nicolas - J'ai grandi dans un milieu intellectuel et créatif, de gauche.

Rémi - Mon père était ajusteur et ma mère secrétaire. Je viens donc de la classe ouvrière.

Taki - Pour ce qui est du noyau dur, aujourd'hui, on aurait été considérés comme des bobos. On était de bonne éducation et on ne venait pas des H.L.M.

Jean-Louis - Je viens des classes moyennes. Je ne viens pas d'une famille très riche mais je n'ai jamais manqué de rien.

Gaz - Je viens du bas des classes moyennes. J'ai d'abord grandi dans une cité ouvrière, puis mes parents ont réussi à acheter une petite maison.

Xavier - Je viens d'un milieu social ouvrier. J'étais dans une cité à Meudon-la-forêt.

UNE SECONDE VAGUE PUNK

Nicolas - Lorsque j'ai rencontré Taki, la première vague punk était déjà retombée et on commençait à s'intéresser à ce que faisaient les nouveaux groupes. On a du flashé ensemble sur un groupe comme Anti Pasti. Bizarrement, alors que j'avais un look, totalement skinhead au sein de R.A.S., j'adorais Discharge, Conflict et Subhumans autant pour la musique que les idées.

Rémi - Il y a eu des groupes comme U.K. Subs et Exploited qui ont relancé une nouvelle vague. Je les ai découverts en 1980. C'est là que j'ai vu les premières crêtes. Les looks étaient plus durs. Mais déjà, on sentait qu'un certain état d'esprit s'était perdu. Il y avait moins de création dans le look et toute la panoplie du punk était à vendre, assez chère d'ailleurs.

Trevor - J'étais moins emballé. Pour moi, la référence c'était The Clash.

Gaz - J'ai rencontré de nouvelles personnes qui écoutaient de nouveaux groupes et ça a été une suite logique.

Xavier - Il y a eu un durcissement dans le public à partir de la seconde vague, et des rivalités de rue. Quand tu étais parti t'acheter des fringues à Londres, il fallait assumer et assurer son look. Tu pouvais te faire embrouiller pour te faire dépouiller. Et t'en as vite marre de ces conneries.

VIRUS 77

Nicolas - Quand j'ai rencontré Taki, ça devait être la fin de Virus 77, son groupe de l'époque. Ils avaient joué dans un lycée à Bois-Colombes. Dans le public, il devait y avoir quelques punks et puis le reste de gens normaux.

Rémi - J'ai vu Virus 77 sur scène dans le fameux gymnase de Colombes, à un concert où je jouais avec mon groupe. Déjà, ils reprenaient "Bad Man" de Cockney Rejects.

Taki - On a formé Virus 77 en 1981 entre potes du lycée et ça a dû durer un an. Il y avait Jean-Louis qui était déjà à la batterie et au début Bibi au chant. Mais il chantait trop mal, alors il est devenu le manager. J'étais le bassiste et je commençais déjà à écrire des textes. On a fait des concerts dans notre quartier, du côté de Bois-Colombes et d'Asnières. On avait un peu de tout comme public, y compris des fans de Téléphone, des rockers, des babs. Bibi avait trouvé le studio de Bob Mathieu qui n'était pas trop cher et on a enregistré quatre titres. Ça a été une rencontre choc ! C'était un type qui avait déjà une quarantaine d'années (il avait été batteur des Lionceaux, le premier groupe de Herbert Léonard - NDLA). Il est entré dans un monde qui lui était totalement inconnu mais il était très ouvert et très sympa. Le seul problème c'est qu'il fallait se battre avec lui pour mettre la guitare en avant. On avait un guitariste qui hésitait entre le punk rock et le hard rock ... c'est pour ça que j'ai dit stop.

Trevor - Je suivais Virus 77 avant tout parce que c'était une bande de copains. Je leur servais un peu de roadie et de photographe. Je connaissais Jean-Louis depuis la 6ème. On n'était pas dans la même classe mais on faisait de la gymnastique ensemble à l'école. Ensuite, j'ai connu Bibi en 5ème et Taki l'année suivante, parce qu'on faisait du foot ensemble.

Jean-Louis - C'était un groupe de lycée, fait pour jouer au lycée ... ça n'a pas été beaucoup plus loin.

Gaz - Virus 77 était l'autre groupe d'Asnières/Bois-Colombes. J'avais été les voir à un concert et j'avais trouvé ça pas très punk, plutôt rock en fait. Et ils n'étaient pas très lookés. A la gare de Bois-Colombes, il y avait un flipper, et le mercredi, avec mes potes de Curse, on essayait de le squatter. Mais parfois, Taki et Bibi étaient arrivés avant nous. Et puis, on a fait connaissance.

LA FORMATION DE R.A.S.

Nicolas - J'ai rencontré Taki en fac d'Anglais en 1981. Quand il m'a demandé d'être chanteur dans R.A.S., en 1982, j'avais encore le look punk. Au début, les influences étaient plutôt punk, avec un blocage certain sur Special Duties et puis petit à petit de plus en plus oi ! Je suivais les mouvements que soutenaient les punks anglais, le Campain For Nuclear Disarmament, le Animal Liberation Front, alors que d'autres dans le groupe qui n'affichaient pas ce look se cantonnaient de plus en plus à la oi ! C'était trop sale et trop radical pour eux. Je leur avais présenté mes potes punks mais ça n'avait pas accroché. De toute façon, ils étaient plus propres, plus conformistes que moi et certainement moins à gauche que moi. A 15 ans, j'avais lu des trucs de Marx, Bakounine, Proudhon, même si j'étais loin de tout comprendre. Mais ça ne veut pas dire que les autres membres de R.A.S. n'avaient pas aussi une sorte de révolte en eux.

Rémi - On répétait dans le même bâtiment, R.A.S. à un étage et mon groupe à un autre. J'ai connu Jean-Louis en premier parce que c'était mon voisin et il m'a présenté Taki. On a commencé à traîner pas mal ensemble. J'assistais à beaucoup de leurs répétitions et pour délirer je faisais les chœurs avec eux. De toute façon, mon groupe se cassait la gueule.

Taki - Jean-Louis et moi on avait envie d'autre chose alors on a monté R.A.S. très rapidement. J'ai fait la connaissance de Nicolas qui avait l'air d'un fou furieux... idéal. Il était dedans à fond. Et moi, je me suis mis à la guitare. Bibi est resté notre manager.

Trevor - Je suis rentré dans le groupe surtout parce que c'était une bande de copains. Je m'intéressais à la musique, mais franchement, s'ils avaient fait de la soupe, j'aurais suivi aussi. J'avais envie de participer à cette aventure, alors j'ai proposé de jouer de la basse dans le groupe. Je n'en avais jamais joué, et c'est ce qui était intéressant... on pouvait faire son propre truc sans savoir très bien jouer d'un instrument.

Jean-Louis - C'était la suite de Virus 77 avec d'autres gens. J'ai suivi le mouvement. Taki était le seul à vraiment maîtriser son instrument.

Gaz - Après avoir quitté Curse, j'ai fait le roadie pour Virus 77. Alors, de manière logique, j'ai continué avec R.A.S.. J'étais le seul à avoir une voiture, donc ce rôle s'est imposé tout seul. J'ai assisté aux trois premières répétitions avant que Nicolas rejoigne le groupe. J'ai même fait un essai au chant, mais Nicolas chantait nettement mieux que moi.

Xavier - Un été, je faisais du camping dans les landes, et j'ai fait la connaissance de Taki, Trevor et Jean-Louis qui étaient aussi en vacances. On est restés en contact et ensuite, j'ai fait la connaissance des autres à Paris dans un restaurant de choucroute. Après cette soirée, on ne s'est plus lâchés. J'ai commencé à aller aux répétitions du groupe, à traîner avec eux.

LES SPECIFICITES DE R.A.S.

Nicolas - J'ai eu rapidement deux façons différentes de chanter. Pour la voix la plus éraillée, sur les morceaux rapides, c'était une influence flagrante de Special Duties et il y a peut-être aussi l'influence de Skrewdriver. Pour la voix la plus claire c'est un peu une influence de 4 Skins. Je crois qu'on voyait la oi ! comme quelque chose de spécifiquement anglais et qu'on n'avait pas envie de porter une étiquette.

Taki - C'est Bibi qui disait à Nicolas d'utiliser telle ou telle voix pour tel ou tel morceau pour l'enregistrement du 45 tours. Beaucoup de morceaux de R.A.S. sont composés de parties de morceaux de groupes anglais réarrangés et collés. Parfois, c'est tellement flagrant que j'en rigole encore ! Parfois, c'est une inspiration inconsciente, parfois c'est un hommage, une sorte de clin d'œil et pois parfois c'est du pillage pur et simple. J'adorais Special Duties, Cockney Rejects, Sham 69, Abrasive Wheels, 4 Skins, Infa Riot et quelques autres. J'étais techniquement limité, sans doute parce que j'avais un poil dans la main, mais moi ça m'allait comme ça. Et puis, si on est vraiment bon musicien, je ne crois pas qu'on en reste à faire du punk.

Interviews réalisées par Philippe Roizès.